La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, s’est pliée, mercredi 16 septembre, au rituel annuel du discours sur l’état de l’Union européenne (UE), prononcé devant l’assemblée du Parlement européen [à Strasbourg]. Mis en place en 2010 pour repositionner le Parlement au centre du jeu institutionnel européen, ce discours, calqué sur le State of the Union, aux Etats-Unis, offre une occasion précieuse à la Commission de façonner l’agenda politique européen.
Dans un contexte où les sommets européens du Conseil, plus réguliers et désormais plus décisifs, tendent à reléguer la Commission à un rôle subalterne, on ne saurait minimiser l’importance que cette dernière accorde à ce précieux exercice de communication politique. Chaque mot y est pesé au trébuchet, chaque geste, mesuré.
La présence du premier ministre canadien, Mark Carney, en tant qu’hôte de marque à ce cérémonial politique doit donc être interprétée comme un geste politique fort. Gageons que ce n’est pas seulement en tant que chef du gouvernement canadien qu’il a été convié, mais aussi en tant qu’auteur d’un discours, remarquable et remarqué, délivré au Forum économique mondial de Davos (Suisse), en janvier.
Dans cette intervention, d’une rare franchise pour un homme d’Etat en exercice, M. Carney développait deux idées phares. Pour commencer, il dressait le constat selon lequel l’ordre mondial régulé par le droit international, tel que nous l’avons connu, n’avait jamais correspondu à un authentique multilatéralisme. Il reposait plutôt sur l’interventionnisme d’une puissance hégémonique (les Etats-Unis), qui faisait peu ou prou respecter le droit international, tout en se réservant le droit de s’affranchir de ces mêmes contraintes quand cela servait ses intérêts.
Approche commune
Quoi qu’on ait pu penser de cet ordre, M. Carney a prononcé son oraison funèbre à Davos. Car, suivant son analyse, cette plaisante fiction du multilatéralisme doit aujourd’hui s’effacer devant le retour des rivalités entre grandes puissances dédaigneuses du droit international et disposées à transformer l’intégration économique mondiale en un instrument de coercition diplomatique.
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