Tendance. Matriarcat et animal totem : la philosophie des “bimbos stoïques”
On a dit à Keni Hill que son animal totem était le vélociraptor, et ce fut pour elle une révélation.
Et, si ce ne sont pas des mots que l’on aurait spontanément collés l’un à l’autre, il faut admettre qu’ils forgent un concept intéressant : le stoïcisme bimbo.
“Il consiste à trouver son animal totem pour mieux se comprendre, rejeter les diktats de la beauté conventionnelle et se réconcilier avec sa féminité”, résume le magazine britannique Dazed.
Se pourrait-il que le “stoïcisme bimbo” soit l’antidote aux normes de beauté ?
Depuis des années, les réseaux sociaux se réapproprient le terme “bimbo” en en faisant un outil de libération pour les femmes, rappelle le magazine américain The Cut.
La bimbo moderne est politiquement engagée tout en assumant son côté baddy et son amour pour ce qui pouvait être autrefois associé à une vision “objectifiante” de la féminité (comme la couleur rose).
“Sur les réseaux sociaux,ces bimbos autoproclaméesdébattent des traversdu capitalisme tardif,arborant faux cils, eye-lineret publiant des légendesqui sensibilisent leurs abonnésaux inégalités de genreet de race, le tout avecde longs ongles.”
Le magazine américain The Cut
Le principe du stoïcisme bimbo est plutôt simple.
Ce nouveau concept invite – à travers la découverte de son animal totem, donc – à s’affranchir des critères de beauté (uniformes en plus d’être inatteignables) pour rejeter la hiérarchisation patriarcale des femmes. Puis, ce faisant, à adopter le stoïcisme comme philosophie.
“Le stoïcisme bimbo est une réinterprétation de la féminité, de l’identité féminine et de ce qui rend une femme attirante au travers d’un prisme matriarcal”, explique à Dazed Babushka, la blogueuse russe installée en Géorgie à l’origine du concept.
“Quelle personne saine d’espritdirait qu’un chevaln’est pas séduisantparce qu’il est gros ?Ou que le bec de tel aigleest trop grand ?Or les femmes se disentce genre de chosestous les jours.”
Babushka, citée par le magazine britannique Dazed
“Je me suis mise à aimer mon visage, que j’avais du mal à apprécier, en le comparant à un animal que j’adore”, confie Juniper, qui se reconnaît dans le kangourou arboricole.
“Je ne suis pasune planche à painavec un grand nez,mais un lévrier élégant.”
La version russophone de Psychologies Magazine
Mais le but de cette tendance est aussi et surtout de dépasser l’étape de l’animal totem pour aller vers le stoïcisme.
C’est là que ça devient (encore plus) intéressant. Pour résumer peu ou prou l’héritage du Manuel d’Épictète, la philosophie stoïque consiste à distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas.
Assez logiquement donc, le stoïcisme bimbo enseigne aux femmes à distinguer ce sur quoi elles peuvent agir (leurs pensées, leur estime de soi) et ce sur quoi elles n’ont aucune prise (l’opinion d’autrui, les événements extérieurs), résume la version russophone de Psychologies Magazine.
Même si, là aussi, il s’agit d’une interprétation très en vogue des écrits du philosophe phrygien, l’essor des bimbos stoïques auprès de la Gen Z nous offre (au moins) deux raisons de nous réjouir.
Déjà, en permettant de se réapproprier son corps, le stoïcisme bimbo peut être un outil d’acceptation de soi et un puissant vecteur de libération.
Et puis, à l’ère de l’optimisation de soi portée par les réseaux sociaux (où règnent la comparaison et une immense pression), ce peut être un soulagement de se plonger dans le stoïcisme. Puisqu’il n’y a pas à être mieux que quiconque, c’est la fin de la compétition.
Ou, comme le dit Babushka à Dazed : “Il est important de ne pas gaspiller son énergie à s’inquiéter en permanence pour des défauts imaginaires. Une bimbo ne ferait jamais ça.”—
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