Elle a finalement été éclipsée par un scandale touchant Reform UK mais la venue de Jordan Bardella devait être “le gros moment” de la convention du parti de Nigel Farage vendredi à Birmingham, commente une tribune du Times. L’auteur n’est à l’évidence fan ni du Français, ni du parti britannique de Nigel Farage. Il décrit “l’impeccablement coiffé Bardella” comme “la nouvelle pin-up de l’extrême droite européenne” et “le nouveau meilleur copain” de Farage, se moquant de son accent. Les deux hommes ont signé “un document géant et ne voulant absolument rien dire”, raille encore la tribune. En l’occurrence, un texte dans lequel le Rassemblement national s’engage, s’il arrive au pouvoir, à récupérer les sans-papiers à bord des embarcations interceptées sur la Manche.
The Independent a pris cette “nouvelle Entente cordiale” - l’expression de Farage, plus au sérieux. Le quotidien rappelle que le RN domine les sondages pour la présidentielle de 2027 et cite “la star montante de l’extrême droite française” qui a déclaré à la foule que “nous devons mettre un fin à ces itinéraires mortels, nous devons mettre fin au modèle des passeurs et ensemble, nous devons reprendre le contrôle de nos frontières”. Des propos accueillis par un “Viva le France” (sic) dans le public, rapporte The Independent.
“L’un des objectifs de cette conférence était de démontrer que Reform est un parti sérieux de gouvernement”, pointe la BBC. La présence de Bardella “faisait partie de cet effort […] et l’intention était de projeter une coopération internationale sérieuse avec un autre parti rebelle sur la droite”.
Sauf que “le désastre de la nuit précédente sur Channel 4” a plutôt poussé le parti à “trouver des réponses à des problèmes insolubles”, indique le Times. La veille, un reportage diffusé sur la chaîne privée a montré deux dirigeants de Reform - Dan Jukes et James Orr, “le bras droit” et “le cerveau droit” de Farage selon le Telegraph - en train d’expliquer à deux journalistes se faisant passer pour un riche Américain et son fils qu’ils pouvaient détourner la loi britannique sur les donations venues de l’étranger.
« Une remise à zéro »
Dans un discours commencé par plus d’une heure de retard et interrompu à plusieurs reprises par des perturbateurs dans la salle, Farage a abordé la question sur scène, assurant que “le parti n’a rien fait de mal, le parti n’a pas accepté de fonds illégaux”, réduisant les propos entendus à “des bavardages de bistrot”. Le député a même “contre-attaqué”, estime Le Sun. “Ils ont peur de nous”, a-t-il clamé, suggérant que Reform secouait l’establishment. “Il a tenté de désamorcer le conflit” en mettant en cause “des militants gauchistes financés par un groupe étranger”, observe le tabloïd.
“Circulez, rien à voir”, dit en substance Farage. “Mais il y a quelque chose à voir et ça ne va pas disparaître”, prévient le Times demandant pourquoi, si personne n’a rien fait de mal, Dan Jukes et James Orr ont été suspendus du parti et une enquête ouverte.
Le timing n’est pas idéal. Farage émergeait à peine d’une autre controverse sur un don de cinq millions de livres qu’il avait reçu sans le déclarer aux autorités, rappelle le Sun. Alors cette conférence devait être une “remise à zéro”, résume Sky News. “Les révélations sur Reform UK tombent alors que Farage espérait changer le récit autour de son parti”, confirme le Guardian. Toute une série d’annonces était attendue lors de la conférence. Il y en a eu, remarque le journal. Un gouvernement Farage déclarerait par exemple “une urgence nationale” dès son arrivée au pouvoir.
Cette arrivée au pouvoir paraît plus distante que l’an dernier quand “Reform avait 10 points d’avance dans les sondages”, souligne Sky News. La chaîne a interviewé des militants à la convention. Deux d’entre eux ont trouvé que cette affaire “sentait mauvais” tant que deux autres ont jugé que “Nigel n’a rien fait de mal, c’est un coup de l’establishment”. D’après la BBC, il était vendredi “dur de ne pas trouver de la frustration, voire de la colère” dans les couloirs de la salle. “Il n’y a probablement pas d’assez gros scandale pour remettre en cause l’adoration des fidèles de Reform pour leur messie”,
Mais est-ce que cette nouvelle polémique coûtera des voix à Reform ? “L’une des règles importantes en politique, c’est que les électeurs ne prêtent pas trop attention aux allégations de corruption ou d’incompétence jusqu’à ce qu’ils commencent à le faire”, répond le Guardian.
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