“C’est une scène qui rappelle un peu une exécution publique. L’inconfort de la femme est évident : son corps se balance de droite à gauche et son visage rougit de plus en plus. Pendant environ une minute. Et quand elle s’arrête, elle descend en utilisant la corde avec laquelle elle était montée, et s’en va. Le public applaudit et se disperse”, décrit Il Post.

Et “la file d’attente est très longue, clairement la plus longue parmi toutes celles que l’on voit déambuler dans les jardins” de la Biennale d’art de Venise qui a débuté le 9 mai dans une ambiance électrique. Comme de très nombreux spectateurs, le quotidien italien est allé voir, devant le pavillon autrichien, cette femme nue se balancer nichée dans une cloche. Car la performance fait sensation.

Remplacement des dogmes

C’est une manière de sonner l’alarme sur le chaos du monde pour l’artiste Florentina Holzinger, de quoi en faire l’œuvre la plus photographiée et commentée de ce rendez-vous incontournable de l’art contemporain.

Performance al Padiglione Austria della Biennale di Venezia 2026 dell’artista Florentina Holzinger

Baptisée Seaworld Venice, elle se poursuit à l’intérieur avec d’autres performances d’artistes, toujours nus, sur des skis nautiques, dans un petit aquarium fermé. “Le scénario est une dystopie aquatique”, commente Il Giornale delle Arte. Plus loin, plusieurs femmes sont perchées sur une girouette monumentale, qui indiquait autrefois le sens du vent sur les flèches d’une église, pour échapper à la montée des eaux. Le tableau forme “une sorte de Déposition du Christ, composée de corps féminins qui tournent dans les airs. Un monument à la force collective qui remplace les dogmes figés du passé.”

Choquer le public

“Derrière l’aspect ‘instagrammable’ du pavillon autrichien se cache toutefois l’œuvre d’une artiste qui suscite beaucoup d’intérêt chez les experts depuis quelques années, et dont on parle beaucoup, notamment pour sa capacité à choquer le public”, précise Il Post.

L’Autrichienne de 40 ans met ici à profit sa longue expérience du théâtre pour proposer une dénonciation radicale et féministe des travers de notre monde. Dans la lignée de l’actionnisme viennois, un courant artistique qui a éclos dans les années 1960, elle met ainsi en lumière les répercussions du changement climatique, et notamment la montée des eaux qui menace des villes comme Venise, tout autant que l’exploitation du corps des femmes et le dogmatisme ecclésiastique.

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“À travers des images puissantes et souvent troublantes, Holzinger construit un récit qui met en lumière la vulnérabilité des corps et des systèmes au sein desquels ils évoluent, suggérant un scénario quasi apocalyptique qui reflète une crise déjà en cours”, estime Il Finestre dell’Arte.

Ainsi l’installation dans laquelle une femme nue reste plongée dans une vasque pendant des heures interpelle Il Post. D’autant qu’elle “devient encore plus saisissante lorsqu’on découvre que l’eau est filtrée grâce à l’urine des visiteurs dans les toilettes portables situées à côté de la baignoire”. Une manière de révéler la pollution provoquée par l’activité humaine.