Sur les étals des marchés, dans les restaurants de quartier, lors des fêtes populaires et jusque dans l’identité nationale, le poisson est partout au Portugal. Avec près de 60 kilos consommés par habitant chaque année, le pays est le plus gros consommateur de poisson d’Europe. Pourtant, comme le souligne un reportage de la RTP intitulé Mer promise, près de 80 % du poisson consommé dans le pays est aujourd’hui importé.

La télévision publique portugaise s’intéresse à ce paradoxe : comment un pays tourné vers l’océan, doté de l’une des plus vastes zones maritimes d’Europe et d’une longue tradition de pêche, en est-il arrivé à dépendre aussi fortement de l’étranger pour nourrir sa population ?

La qualité portugaise recherchée en Europe

Dans les colonnes d’O Jornal Economico, Isidro Blanquet, secrétaire général de l’Association portugaise des aquaculteurs, précise les contours de cette situation : “L’aquaculture nationale, c’est-à-dire l’élevage de poissons, de crustacés et d’autres espèces aquatiques, ne couvre que 3 % des besoins du pays. Nous produisons environ 20 000 tonnes. En raison de la qualité de notre poisson, presque toute notre production est exportée vers l’Espagne, les États-Unis, le Canada et d’autres pays européens.”

À lire aussi : Histoire. Le Portugal, royaume déchu de la morue

Le quotidien économique rappelle qu’un récent rapport de la FAO dénonce les nombreuses fraudes qui touchent les filières mondiales de la pêche et de l’aquaculture : substitution d’espèces, fausse origine des produits ou étiquetage trompeur. Selon l’organisation internationale, jusqu’à 20 % des transactions pourraient être concernées.

Les producteurs portugais mettent en avant leurs propres standards sanitaires et environnementaux, qu’ils jugent parmi les plus exigeants d’Europe. Ils dénoncent en revanche certaines pratiques observées hors de l’Union européenne : recours accru aux antibiotiques, élevages intensifs ou encore longs transports susceptibles d’altérer la qualité finale des produits. Pour ces acteurs, la dépendance du Portugal aux importations soulève donc aussi une question de traçabilité.

Les répercussions de la guerre en Iran

Au-delà des enjeux économiques ou sanitaires, cette dépendance interroge également la sécurité alimentaire du pays. Dans un éditorial publié par l’hebdomadaire Sol, Teresa Castel-Branco rappelle qu’en 2025 le Portugal avait épuisé avant la fin du mois de mai l’équivalent de sa production annuelle nationale de poisson. Le reste de l’année, le pays a donc vécu grâce aux importations. Pour l’analyste, il est donc particulièrement vulnérable aux crises internationales et à la santé des écosystèmes marins mondiaux pour remplir ses assiettes : “Leurs répercussions ne sont pas seulement économiques. La guerre en Iran introduit des risques écologiques majeurs sur des routes maritimes dont le Portugal dépend de manière critique.”

À lire aussi : Décryptage. L’onde de choc de la guerre en Iran sur l’économie mondiale, en cartes et graphiques

Dans le pays des pêcheurs et des navigateurs, la mer continue de nourrir l’imaginaire collectif. Mais pour nourrir la population, elle ne suffit plus.