La réunion du 18 septembre au cours de laquelle le président de la République, Emmanuel Macron, a partagé avec les principaux responsables politiques français les dernières informations disponibles sur le franchissement par la Russie d’un seuil dans la guerre hybride qu’elle livre aux alliés européens de l’Ukraine doit être prise au sérieux. Les indices ne manquent pas, à commencer par l’attaque ratée visant, le 4 août, l’aéroport de Leipzig, en Allemagne, pour accréditer la réalité de cette menace.
Cette fuite en avant russe justifie la restauration d’une dissuasion à l’égard de Moscou. Elle rend également nécessaires des pressions supplémentaires pour imposer un cessez-le-feu, puis l’ouverture de négociations véritables auxquelles le fauteur de guerre, Vladimir Poutine, s’est toujours refusé catégoriquement.
Cette politique de pressions dispose depuis quelques jours d’un nouveau levier : la loi votée par le Congrès des Etats-Unis par de larges majorités rassemblant démocrates et républicains et que Donald Trump a ratifiée le 18 septembre. Cette loi, dont la mise en application ne coûterait rien au contribuable américain, constitue un hommage posthume au sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham, mort en juillet et fervent défenseur de l’Ukraine. Elle cible notamment la flotte fantôme qui permet à la Russie d’exporter le pétrole qu’elle produit et permet également au locataire de la Maison Blanche d’imposer des taxes dissuasives aux pays qui continuent d’en acheter à Moscou, dont l’Inde et la Chine.
Donald Trump a certes considérablement compliqué l’équation avec la guerre contre-productive déclenchée contre l’Iran le 28 février, qui a eu pour effet de geler une bonne partie de la production d’hydrocarbures du Moyen-Orient. Mais un renforcement des sanctions renchérirait le coût de l’agression russe au point de rendre la quête d’une porte de sortie négociée préférable à la poursuite mortifère des combats et des bombardements.
Après dix-huit mois de vaines rencontres avec le maître de Moscou, les émissaires du président des Etats-Unis ont eu largement le temps de faire la preuve que la discussion sans rapport de force ne conduisait nulle part. Au contraire, l’inconsistance de la posture américaine et l’interruption de l’aide militaire à Kiev, notamment la fourniture d’intercepteurs dont l’Ukraine a cruellement besoin dans la guerre des villes imposée par Moscou, ont enhardi Vladimir Poutine. Ce dernier pense ainsi pouvoir menacer sans frais les pays européens qui soutiennent un pays luttant pour sa liberté et sa souveraineté.
Rien ne dit, malheureusement, que Donald Trump va se saisir de cette loi qui pourrait lui permettre de parvenir à son objectif affiché d’une paix acceptable entre Kiev et Moscou. Agir serait pourtant préférable à la situation actuelle, qui voit la Russie dicter aux Etats-Unis le cours des événements.
La Maison Blanche aurait tort de croire que la multiplication des menaces ne concerne que les pays européens qu’elle exècre. Si la passivité reste la ligne de conduite de Washington, tôt ou tard la solidité et la réalité de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord seront mises à l’épreuve. Donald Trump a plus à y perdre qu’il ne le pense, quelle que soit sa détestation atavique des alliances. L’image des Etats-Unis a déjà beaucoup pâti de l’aventure iranienne, leur statut de première puissance mondiale serait encore plus abîmé par le choix de l’impuissance.