Que peuvent attendre les Européens du septième premier ministre britannique en dix ans ? Surtout lorsqu’il reste sur son île, à choyer son électorat potentiel. Andy Burnham [nommé en juillet] a été quasi muet jusqu’ici sur sa politique étrangère et européenne. Son prédécesseur, Keir Starmer, à peine arrivé en fonctions – également durant l’été, en 2024 –, avait effectué une tournée, en Allemagne et en France, pour relancer des relations abîmées par le Brexit. Lui s’affiche délibérément non pas avec les grands de ce monde mais avec les petits de son pays, consacrant son été à sillonner l’Angleterre d’en bas, dans un « listening tour » [« tournée d’écoute »] pour d’abord renouer avec des électeurs désabusés.
Comme pour éviter l’écueil d’un Friedrich Merz tôt surnommé en Allemagne « der Aussenkanzler » [« le chancelier des affaires étrangères »], Andy Burnham multiplie, d’un coin à l’autre du pays, les annonces contre les difficultés quotidiennes qui pèsent sur le pouvoir d’achat. Et promet une vaste opération de décentralisation, de fait moins avancée au Royame-Uni que dans nombre de pays européens, avec comme première mesure symbolique le transfert de services de Downing Street vers Number 10 North, à Manchester. Le tout habillé d’un récit de revanche sur le Sud, de la province sur la capitale et de la base sur le sommet.
Bien sûr, il y a dans cette offensive de proximité énormément de mise en scène médiatique, comme s’en moque l’opposition. Mais l’hypercommunication de Burnham, qui tranche avec celle, terne et sombre, de Starmer, produit déjà son petit effet de capital politique. En moins d’un mois au pouvoir, il a fait repasser le Labour dans les intentions de vote devant le parti [anti-immigration Reform UK] de Nigel Farage – réélu le 13 août dans sa circonscription, mais pas au bout de ses déboires judiciaires. S’il parvient à inverser durablement la tendance, le nouveau leader travailliste se sera créé de l’espace politique pour agir et pourrait faire alors quelques émules sur le continent.
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