L’enthousiasme des actionnaires de Volkswagen (VW) aura été de courte durée. Le 24 juin, le premier constructeur automobile européen annonçait la vente de sa participation dans sa filiale de moteurs marins, Everllence, au fonds d’investissement américain Bain Capital. Une transaction qui devrait rapporter quelque 7,4 milliards d’euros au constructeur, soit nettement plus que ce qui était espéré. Mais deux jours plus tard, on apprenait que le PDG du groupe, Oliver Blume, préparait discrètement, depuis des mois, un programme d’austérité des plus draconiens.

“Volkswagen prévoit de supprimer jusqu’à 100 000 emplois”, titre Manager Magazin, le mensuel économique du groupe Der Spiegel, à l’origine de l’information. “Oliver Blume prend des mesures radicales, explique le magazine. Il prévoit d’intensifier les suppressions d’emplois, de fermer progressivement la production dans quatre usines en Allemagne et de séparer du groupe la marque VW pour en faire une entité à part.” Et les gains réalisés grâce à l’opération du 24 juin pourraient bien être réduits à rien par le coût de ce nouveau plan de restructuration.

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Si elles se concrétisent, les mesures dévoilées “constitueront l’un des plans de licenciements les plus importants dans toute l’histoire des entreprises, dépassant les 74 000 emplois supprimés par General Motors lors d’une restructuration dans les années 1990 et les 60 000 supprimés par IBM en 1993”, souligne le Financial Times. De fait, la réduction d’effectifs envisagée entraînerait la suppression de près d’un poste sur six au sein de l’entreprise, qui emploie environ 657 000 personnes dans le monde.

Les nouvelles économies annoncées sur la masse salariale représenteraient le double des objectifs précédents, constate Die Zeit. À la fin de 2024, Volkswagen avait conclu un accord qui passait déjà pour “historique” avec les syndicats. Il prévoyait à la fois des suppressions d’emplois et une réduction des capacités de production en Allemagne.

La direction et le syndicat majoritaire IG Metall s’étaient entendus sur un objectif de réduction de 50 000 emplois d’ici à 2030 pour l’ensemble des marques du groupe, dont VW, Audi, Porsche et Cariad, rappelle Der Spiegel. Depuis, Volkswagen a fermé un site de production à Dresde, dans l’est de l’Allemagne, et cherche un repreneur pour son usine d’Osnabrück, dont la production devrait s’arrêter l’année prochaine.

L’action VW à son plus bas niveau

Avec ce nouveau plan de réduction des coûts, Blume entend préparer le géant Volkswagen, dont le chiffre d’affaires annuel dépasse les 300 milliards d’euros, “à un monde où la croissance ne sera plus au rendez-vous”, poursuit l’hebdomadaire. Car face à la concurrence des chinois BYD et Geely, l’entreprise ne devrait plus dépasser le seuil des 9 millions de voitures vendues dans le monde par ses douze marques en 2025. Les chiffres trimestriels présentés par VW à la mi-avril montrent un recul des ventes mondiales de 4 % par rapport à 2025, avec un effondrement en Chine (-15 %) et aux États-Unis (-20,5 %).

Sur les marchés financiers, le cours de l’action du géant automobile a chuté à son plus bas niveau depuis quinze ans, “plus bas qu’après le scandale des moteurs diesel qui avait menacé l’existence même de Volkswagen”. Pour sortir de cette situation délicate, Oliver Blume entend porter la marge bénéficiaire du groupe, de 2,8 % actuellement, à un niveau compris entre 8 % et 10 % d’ici à 2030. “Pour cela, une seule solution : faire des économies jusqu’à ce que ça grince.” Der Spiegel avance le chiffre de 11 milliards d’économies à réaliser d’ici à 2030.

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Mais Volkswagen “peut-il vraiment supprimer 100 000 emplois ?” interroge l’hebdomadaire. Concrètement, la négociation ne serait pas menée à l’échelle du groupe, mais par les conseils d’administration des différentes marques, en concertation avec leurs propres comités d’entreprise. “Et c’est là que les choses se compliquent”, note Der Spiegel, chaque marque disposant de son propre accord de garantie de l’emploi par lequel la direction s’engage à ne pas licencier pour raison opérationnelle. “Chez Volkswagen et Porsche, cet accord est valable jusqu’en 2030, et chez Audi jusqu’en 2033.”

Le scénario le “plus explosif” impliquerait que Volkswagen ou d’autres marques du groupe “mettent fin aux accords sur la garantie de l’emploi en prétextant que la situation économique de l’entreprise s’est considérablement détériorée depuis 2024”.

Réagissant aux révélations de Manager Magazin, le comité d’entreprise et le syndicat IG Metall ont déjà fait savoir qu’ils s’opposeraient “de toutes leurs forces” à ces projets “s’ils devaient être mis en œuvre”. La direction du groupe quant à elle s’est refusée à tout commentaire avant la tenue du conseil de surveillance prévu le 9 juillet.