À peine le soleil répand-il sa lumière sur les toits de Daraya, dans la campagne de Damas au sud-ouest de la Syrie, que des dizaines de pigeons se massent sur le toit du pigeonnier et le bord des murets, avant même l’arrivée de leur maître.

Rafiq Jamaleddine grimpe sur le toit avec sa tasse de café et s’assoit sur une chaise en plastique, tandis que les volatiles l’entourent sans peur. Cette scène n’a rien d’exceptionnel pour lui : c’est sa routine quotidienne depuis maintenant plusieurs années.

Parfois, il perce l’air d’un court sifflement ou agite un morceau d’étoffe. Un groupe d’oiseaux lui répond alors en s’élançant vers le ciel pour décrire des cercles au-dessus du quartier. “J’aime monter ici le matin et m’asseoir parmi eux pendant deux heures, avec ma tasse de café, les envoyer tournoyer une ou deux fois avant d’aller rejoindre mes amis pour prendre le thé.”

C’est à ses 10 ans qu’il commence à élever des pigeons, comme son grand-père et ses frères : dans sa famille, trois générations partagent la même passion. Il parle même d’une “obsession”, en employant un terme de dialecte populaire chez les éleveurs de pigeons syriens pour désigner un passe-temps dont on ne démord presque jamais, malgré le passage des ans.

“Cette obsession vous tient à l’écart du monde, vous vous réun