[Cet article est extrait du numéro 1868 de Courrier international, “Moustiques. Comment s’en débarrasser”, en vente du 20 au 26 août 2026]

“Il y a près d’une décennie, Singapour s’est lancé dans un projet qui ressemblait davantage au synopsis d’un film de science-fiction qu’à un plan national de santé publique, indique le site de la chaîne singapourienne Channel News Asia (CNA) dans une enquête publiée en mai dernier, à l’occasion de ce dixième anniversaire. Pour lutter contre l’assaut des moustiques femelles Aedes aegypti assoiffées de sang, qui semblaient en passe de porter le nombre annuel de cas de dengue à 30 000, l’Agence nationale de l’environnement (NEA) a constitué sa propre armée de moustiques.”

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La cité-État a commencé à produire en laboratoire des moustiques Aedes aegypti mâles porteurs d’une souche de la bactérie Wolbachia. Lorsqu’ils sont relâchés – 10 millions le sont chaque semaine – et qu’ils s’accouplent avec des femelles, les œufs qui en résultent n’éclosent pas. Lâcher après lâcher, la population de moustiques diminue. Et, logiquement, les infections aussi. Cette année, se félicitait CNA, “Singapour semble en voie d’enregistrer son plus faible nombre annuel de cas de dengue depuis plus de vingt ans”.

Jusqu’à trois mois de prison

Un succès qui n’est pas à mettre au crédit du seul du programme “Debug” de la petite nation tropicale. Il se conjugue avec “une surveillance accrue, des campagnes d’éducation et des efforts de répression déployés au fil des ans”, souligne CNA. La population est sommée de prendre part à la lutte en prenant bien soin de faire la guerre à toute eau stagnante, notamment dans les pots de fleurs et les gouttières, rappelle le média singapourien The Independent. Toute négligence est passible d’amendes allant jusqu’à 5 000 dollars singapouriens (3 400 euros) et jusqu’à trois mois de prison, détaille The Straits Times, qui cite l’exemple d’une femme condamnée en 2023 à payer 1 400 dollars singapouriens (près de 1 000 euros) pour avoir laissé se développer des larves dans ses toilettes.

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Dans leur traque, les autorités peuvent en outre compter depuis un an sur l’aide de Sable, un robot de la taille d’une boîte à chaussures mis au point par l’université de technologie et de design de Singapour (SUTD) et qui “peut se faufiler dans des espaces étroits et difficiles d’accès”, explique le Straits Times. Sable est équipé de caméras et d’un réservoir à larvicide que ses opérateurs peuvent actionner à distance. Et ce n’est pas tout : la SUTD a également conçu Dragonfly, un piège à moustiques mobile. Il se déplace seul dans les espaces ouverts (écoles, parcs…) et, à l’aide de lumière ultraviolette et de phéromones qu’il libère, attire les moustiques avant de les avaler jusque dans un bac doté d’un piège à colle.