Tendance. Sommeil, glycémie… Et si on arrêtait de tout analyser pour écouter son corps ?
Les heures de sommeil et les heures d’insomnie. Les calories et la glycémie. Les pas, les kilomètres et les battements de cœur.
À l’heure de l’optimisation de soi, le corps est la proie de toutes les calculettes, machines à corriger pour performer (et alimenter le capitalisme tardif).
“Pourtant, une révolte est en marche, affirme le magazine britannique Dazed. Un nombre croissant d’individus rejette l’optimisation à tous crins pour se tourner vers une démarche plus intuitive, plus humaine et sans prise de tête.”
“L’idée, c’est quece qui contribueà notre formephysique et mentalene peut pas forcémentse mesurer.”
Le magazine britannique Dazed
En élargissant la notion de bien-être au subjectif et à l’intangible, les adeptes du unquantified self (ou, pour les non-anglophones, de la libération des stats) préfèrent privilégier leur énergie, leur présence au monde et ce qui leur semble bon pour eux.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Les requêtes “bien-être intuitif” sur Google ont augmenté de 2 021 % à l’échelle mondiale au cours de l’année écoulée, constate le magazine britannique.
“Si l’optimisationet la disciplinerelèvent d’une logiquerigide et moralisatrice,le contraire est alorsde se fier entièrementà sa propre intuition.”
Tatum Brandt, conseillère en stratégie créative spécialiséedans le bien-être, au magazine britannique Dazed
L’essor du mouvement de libération des stats s’inscrit dans le sillage d’autres mouvements comme l’anarchie du bien-être – elle-même née de la lassitude face à l’existence monacale vantée par l’industrie mais synonyme d’anxiété, de solitude voire de surmenage.
“Ce qui m’a frappéechez les gens,ce n’est pas le rejetdes injonctionsau bien-être, mais plutôtle sentiment croissantque le bien-être devenaitlui-même une formed’autoflicage.”
Jessica Smith, autrice du rapport sur les tendances 2026du Sommet mondial du bien-être, au magazine britannique Dazed
Car le problème, c’est que, à force de sous-traiter la surveillance de chacun de nos souffles et de nos soupirs à une application spécialisée, nous devenons incapables d’écouter notre corps.
Nous avons besoin qu’une application confirme que nous avons bien (ou mal) dormi, quitte à souffrir d’orthosomnie, l’obsession de bien dormir.
Bien sûr, il est peu probable que cette tendance échappe à l’industrie et à la consommation.
Mais, en attendant, elle a le mérite de nous inviter à habiter le monde et notre corps. À ne plus laisser une machine nous dire ce que l’on ressent, ni à réduire ces sensations à des données chiffrées.
Parce que c’est notre corps qui pense. Et que toute notre peau à une âme.—
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