Il est presque minuit, par une douce soirée de juin, à Starbase, le quartier général de la société SpaceX d’Elon Musk sur la côte du Texas, et Anthony Gomez est venu voir les fusées. Nous roulons sur la State Highway 4, qu’il surnomme “l’autoroute vers Mars”, pour assister au transfert d’un prototype de Starship vers son site d’essai. “C’est le summum de la technologie, s’enthousiasme Gomez, 43 ans, associé gérant du Rocket Ranch, une sorte de camp de base pour passionnés de fusées. C’est ce que l’humanité a fait de mieux.”

Comme d’habitude, la police de l’État a fermé à la circulation le tronçon de 8 kilomètres qui sépare l’usine de Starbase du site d’essai. Des véhicules de la patrouille aux frontières sont postés le long de la route. Le Mexique se trouve à un peu moins de 2 kilomètres, de l’autre côté du Rio Grande, où le gouvernement américain a entrepris d’installer des barrières flottantes pour empêcher les migrants de traverser.

Soudain, la fusée apparaît : un gigantesque cylindre d’argent transporté dans l’obscurité sur des centaines de roues. “Je ne vis que pour ça”, nous confie Gomez.

Il y a quinze ans, la plage de Boca Chica était encore une étendue de littoral sauvage où les habitants du coin venaient faire des barbecues et rouler en Jeep dans les dunes. Non loin, la