En Suisse, le gouvernement, les milieux économiques, les partenaires sociaux et les principaux partis ont exprimé dimanche 14 juin leur soulagement à la suite du rejet, par plus de 54 % des votants, de l’initiative anti-immigration portée par l’extrême droite, qui visait à plafonner le nombre d’habitants du pays alpin.
« Par leur décision d’aujourd’hui, les citoyennes et citoyens ont donné un signal de stabilité, d’ouverture et de fiabilité », a salué le ministre de la justice et de la police suisse, Beat Jans, lors d’une conférence de presse, après avoir annoncé le résultat. Le scrutin a enregistré une forte participation, proche de 59 %.
Portée par l’Union démocratique du centre (UDC, droite radicale), premier parti du pays, cette initiative, dans une Suisse où les étrangers représentent plus d’un quart de la population, visait à limiter l’immigration afin d’empêcher que les résidents permanents soient plus de 10 millions avant 2050 – le pays en compte actuellement 9,5 millions.
La proposition a été rejetée par une majorité de cantons, les scores les plus élevés en faveur du non ayant été enregistrés à Bâle-Ville (73,48 %), à Neuchâtel (67,26 %) et à Genève (65,42 %).
« L’immigration préoccupe la population »
« En rejetant l’initiative de l’UDC, la population suisse a dit non au repli sur soi et à la xénophobie. Ce non exprime le refus clair d’un retour en arrière vers des temps sombres, marqués par le statut de saisonnier et la privation de droits pour certaines personnes », a réagi l’Union syndicale suisse.
« C’est un dimanche décevant pour nous, mais aussi pour toute la Suisse », malgré un large soutien dans les zones rurales, a pour sa part déclaré aux journalistes le patron de l’UDC, Marcel Dettling. Pour Thomas Aeschi, chef du groupe UDC au Parlement, la réponse positive à 45 % est « un message très fort » qui montre qu’« une très large partie de la population suisse ne souhaite pas que l’immigration [d’]aujourd’hui se poursuive », a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse.
L’initiative était combattue par le gouvernement, le Parlement, les principaux partis, les syndicats et le patronat. Les Vert-e-s se sont dits « soulagé-e-s par le rejet clair de l’initiative du chaos de l’UDC ». « Je suis rassuré. Cette initiative mettait en pratique une politique du bouc émissaire », a déclaré Benoît Gaillard, député socialiste, à la télévision.
Tout en saluant le rejet de l’initiative, l’organisation patronale Economiesuisse a pour sa part jugé qu’« il est également clair que l’immigration préoccupe la population ».
Dans l’hypothèse d’un accueil favorable de la proposition, si le seuil des 10 millions avait été dépassé avant 2050, la Suisse aurait dû dénoncer l’accord de libre circulation avec l’UE dans les deux années suivantes, et d’autres accords bilatéraux portant sur l’asile et la sécurité seraient également devenus caducs.