Recep Tayyip Erdogan, âgé de 72 ans, entend briguer un nouveau mandat dans le cadre d’une élection présidentielle anticipée en 2028, afin de contourner la Constitution, qui l’empêche de se représenter s’il va au terme de son mandat, a affirmé un de ses conseillers en chef, jeudi 17 septembre.
Le scrutin « aura lieu le 16 avril 2028 [soit un mois avant la fin théorique de son mandat de cinq ans], si la décision d’organiser de nouvelles élections est prise avec le soutien de 360 parlementaires » sur 600, a déclaré devant plusieurs médias Mehmet Uçum, conseiller du chef de l’Etat turc pour les affaires juridiques, affirmant qu’il s’agirait de son dernier mandat s’il sortait vainqueur des urnes.
Au pouvoir depuis 2003, d’abord comme premier ministre puis, depuis 2014, comme président, Recep Tayyip Erdogan briguerait ainsi un quatrième mandat.
Le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) et ses alliés contrôlent actuellement 326 sièges au Parlement turc, mais M. Uçum avait évoqué en juin la possibilité d’une dissolution de l’Assemblée en vue de la convocation d’une élection anticipée.
Réélu pour la dernière fois en mai 2023, alors qu’il semblait menacé par la crise économique et l’usure du pouvoir, le chef de l’Etat turc avait alors promis qu’il s’agirait de son ultime mandat, jurant de confier ensuite le sort du pays « à [ses] jeunes ».
Mais plusieurs de ses déclarations récentes avaient laissé deviner le désir du président turc – qui ne dispose pas d’héritier naturel – de poursuivre.
L’opposition dans le viseur de la justice
Le scrutin de 2018 avait marqué le passage, à la faveur d’une révision constitutionnelle, du système parlementaire à un régime présidentiel où le chef de l’Etat concentre la totalité du pouvoir exécutif.
Accusé de dérive autocratique, en particulier depuis la tentative de putsch de juillet 2016 qui a été suivie de purges massives, M. Erdogan continue d’être présenté par ses partisans comme le seul capable de tenir tête à l’Occident, le seul à pouvoir traverser sans tanguer les crises régionales et internationales.
En 2023, pour sa troisième campagne présidentielle, le chef de l’Etat avait comme à son habitude enchaîné les meetings, jusqu’à trois par jour, malgré une démarche ralentie et un visage trahissant parfois la fatigue.
L’opposition turque, qui lui avait infligé sa plus sévère défaite lors d’élections locales un an plus tard, est depuis dans le viseur de la justice turque. Le populaire maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, considéré comme son plus redoutable rival, a été arrêté pour « corruption » en mars 2025, et placé en détention le jour même de sa désignation comme candidat du principal parti d’opposition à la prochaine élection présidentielle.