L’année 2026 sera-t-elle, comme 2006, une occasion manquée pour le Liban ? Après la guerre de 2006 entre le Liban et Israël, l’armée libanaise s’était déployée dans une région jusqu’alors exclusivement contrôlée par le Hezbollah, au sud de la rivière Litani et jusqu’à la ligne de cessez-le-feu avec Israël. Mais, faute d’un soutien international suffisant, l’Etat libanais n’a pas pu affirmer son autorité. La force de l’ONU, la Finul [Force intérimaire des Nations unies au Liban], dont le rôle n’était pas de se substituer mais seulement d’« assister » le gouvernement libanais dans cette tâche, a pâti de cette faiblesse et a elle-même acquis une réputation d’impuissance. Le Hezbollah a ainsi pu maintenir sa position dominante, en réussissant même à tirer un crédit politique de l’effort de reconstruction qui fut alors entrepris.
En 2026, la situation est en principe plus propice au rétablissement de la souveraineté libanaise : le Hezbollah est beaucoup plus faible qu’en 2006 et le leadership libanais, qui a osé prendre le risque politique d’une négociation directe avec Israël, est le meilleur que le pays ait connu depuis des décennies.
C’est pourtant le moment qu’a choisi le gouvernement israélien pour intensifier ses frappes et étendre sa zone d’occupation, en affaiblissant certes un peu plus le Hezbollah sur le plan militaire, mais en le renforçant politiquement, puisque cela lui permet de se présenter comme le parti de la résistance.
Israël s’enlise dans une politique de la force qui a déjà montré dans le passé qu’elle ne conduisait nulle part : l’occupation du Liban, de 1982 à 2000, a grandement contribué à la naissance du Hezbollah. Une nouvelle occupation prolongée, à l’âge des drones et des missiles, ne donnera pas de meilleurs résultats.
La vraie solution est dans la consolidation d’un gouvernement libanais fort : la paix avec l’Egypte puis avec la Jordanie démontre que l’intérêt à long terme d’Israël est d’avoir à ses frontières des Etats responsables et stables. Avec l’actuel gouvernement libanais, Israël a l’interlocuteur idéal pour construire cette paix, mais le gouvernement Nétanyahou semble tout faire pour le décrédibiliser, au risque d’avoir à la frontière d’Israël un Etat failli.
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