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Géopolitique

« Voilà ce que pourrait être une politique migratoire méditerranéenne : organiser ensemble la formation, le recrutement, la circulation et le retour des compétences »

Après la crise à Ceuta, cet été, l’essayiste Hakim El Karoui note, dans une tribune au « Monde », les incohérences de la politique migratoire en Europe, en s’appuyant sur les données du dernier rapport du Comité d’action pour la Méditerranée, dont il est le fondateur.

« Voilà ce que pourrait être une politique migratoire méditerranéenne : organiser ensemble la formation, le recrutement, la circulation et le retour des compétences »
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La crise survenue cet été à Ceuta [enclave espagnole située au Maroc], marquée par l’arrivée subite de 72 000 personnes en territoire européen, a ravivé la peur migratoire. Pourtant, le prochain grand tournant de la politique du Vieux Continent en la matière ne sera pas celui que l’on croit. Alors que le débat public porte sur la manière de réduire l’immigration, la principale question qui se posera aux gouvernements européens sera bientôt de savoir comment attirer les travailleurs étrangers, dont leurs économies auront besoin. D’ailleurs, ce basculement a déjà commencé.

L’Italie en offre sans doute l’illustration la plus spectaculaire. En juin 2022, Giorgia Meloni, à l’époque encore dans l’opposition (elle allait devenir présidente du conseil en octobre), venait soutenir, en Andalousie, la candidate espagnole d’extrême droite de Vox, dénonçant au passage l’« immigration massive » et réclamant des frontières sécurisées. Neuf mois plus tard, à Cutro [en Calabre], après la mort en Méditerranée de 94 personnes, elle justifiait le rétablissement du decreto flussi [décret sur les flux migratoires] par les besoins du « monde productif » italien. Le dispositif devait permettre l’arrivée de 452 000 travailleurs étrangers entre 2023 et 2025, puis de près de 500 000 autres entre 2026 et 2028. Depuis que Mme Meloni est au pouvoir, l’immigration dans la Péninsule a crû de plus de 10 %.

L’ancien premier ministre hongrois Viktor Orban (de 2010 à 2026) a suivi, avec moins de publicité encore, une trajectoire comparable. Celui qui avait fait de la lutte contre l’immigration l’un des piliers de son pouvoir a largement ouvert son pays aux « travailleurs invités ». Selon Eurostat, le nombre de nouveaux permis de séjour y est passé de 20 751 en 2015 à 87 624 en 2024, soit, rapporté à la population, plus que la moyenne européenne et presque deux fois le niveau français.

Quant au gouvernement social-démocrate danois, vanté en général par l’extrême droite pour sa « politique migratoire intransigeante et dissuasive », il a délivré en moyenne trois fois plus de permis de séjour que la France en 2024 – 1,43 % de sa population, soit 86 000 nouveaux immigrés (pour une population de 6 millions d’habitants), 50 % de ceux-ci étant issus de pays n’appartenant pas à l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques]. La seule baisse des flux au Danemark concerne ceux liés à l’asile, qui a été presque supprimé (11 000 réfugiés en 2015, 875 en 2025). Drôle de conception de la social-démocratie !

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