«We Shall Overcome» et la lutte pour les droits civiques
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Le 28 août 1963, à Washington, 250 000 personnes, dont 80% d’Africains Américains, participent à la Marche pour l’emploi et la liberté, organisée par le mouvement pour les droits civiques. Et c’est ce jour-là qu’une chanson pourtant déjà connue, « We Shall Overcome », devient le symbole de la lutte pour les droits civiques.
La Marche pour l’emploi et la liberté est un rendez-vous historique à plus d’un titre. C’est devant la foule réunie devant le Lincoln Memorial que Martin Luther King prononce son fameux discours « I Have a Dream ». C’est aussi là que la chanteuse folk Joan Baez, 22 ans, entonne « We Shall Overcome », « nous triompherons », qui devient instantanément la chanson-symbole de la lutte des Africains Americans pour leurs droits.
La concurrence était pourtant rude : ce jour-là ont aussi chanté les Freedom Singers, un groupe vocal qui voyage à travers tout le pays pour lever des fonds pour la lutte pacifique ; la « reine du Gospel » Mahalia Jackson, très investie dans le mouvement – c’est d’ailleurs elle qui appellera Martin Luther King à parler de son rêve ; ou encore le trio Peter Paul, and Mary, qui interprète « Blowin’ In The Wind », le futur tube de Bob Dylan - présent lui aussi.
Mais c’est bien de Joan Baez et We Shall Overcome dont tout le monde se souviendra.
L’histoire d’un chant d’espoir
Il faut dire que la chanson est déjà connue, et qu'elle a « le génie de la simplicité », dixit Pete Segger, un de ses auteurs. Un chant simple, mais au message fort – un chant d’union et d’espoir, malgré les obstacles. Si Pete Segger est un auteur parmi d’autres de ce morceau, c'est parce que, comme toutes les chansons folk – c’est-à-dire de musique populaire traditionnelle américaine, « We Shall Overcome » est l'aboutissement de dizaines d’années d’évolution de morceaux plus anciens.
La plus ancienne des versions connues remonte à 1901 : le pasteur afro-américain Charles Tindley, un ancien esclave, se serait inspiré d’une folk song chantée dans les plantations pour écrire un gospel, « I Will Overcome Someday ».
Au fil des années, le morceau évoluera, influencé semble-t-il par la mélodie de « No More Auction Block ». Les Auction blocks, ce sont ces plateformes sur lesquelles étaient vendus les esclaves. Et la mélodie remonterait encore plus loin – inspirée par des chants européens du 17e siècle, comme « O Sanctissima ».
Mais revenons au gospel « I Will Overcome Someday » : il sort des églises, devient un chant de combats – en 1909, le syndicat des mineurs en parle déjà comme de cette « bonne vieille chanson ».
Mais c’est en 1945 que s’écrit la suite de son histoire : il est chanté lors d’une grève des ouvriers du tabac – surtout des ouvrières, noires, à Charleston, Caroline du Sud ; et celle qui apprend ce morceau aux autres, Lucille Simmons, passe de l’individuel, « I Will Overcome », au collectif, « We Will Overcome » – nous triompherons.
La chanson part ensuite dans le Tennessee, à la Highlander Folk School – une institution qui forme des militants des droits civiques. Là, elle évolue encore, et le fameux Pete Seeger (mais aussi une enseignante de l’école, Septima Clark) lui donnent son titre définitif : « We Shall Overcome », passant de « will » à « shall » – le sens reste le même, mais explique Pete Seeger, « c’est plus musical ».
Un symbole de lutte
Avec la marche de 1963, « We Shall Overcome » devient le symbole de la lutte pour les droits civiques. Et lorsqu’en 1965, le président Lyndon Johnson apparaît devant le Congrès américain, et devant 70 millions de téléspectateurs américains, pour demander le droit de vote pour les Africains Américains, ce n’est pas par hasard qu’il choisit de dire, à deux reprises, « We Shall Overcome ». « Leur cause doit aussi être notre cause, parce que ce ne sont pas seulement les Noirs, mais en fait c’est nous tous qui devons vaincre l’héritage accablant de la bigoterie et de l’injustice. Nous triompherons ».
Trois ans plus tard, quelques jours avant son assassinat, Martin Luther King soulignera l’importance : « Il y a une petite chanson que nous chantons dans notre mouvement, là-bas dans le Sud. C’est devenu un véritable hymne. Combien de fois ai-je uni mes mains à celles d'étudiants et d'autres, derrière les barreaux d'une prison, pour la chanter : "Nous triompherons". Parfois, nous avions les larmes aux yeux en l'entonnant tous ensemble, mais nous choisissions tout de même de la chanter : "Nous triompherons". Oh, avant que cette victoire ne soit remportée, certains devrons encore être jetés en prison, mais nous triompherons. ».
« We Shall Overcome » devient le chant de toutes les rébellions, chantée dans les années 70, lors des manifestations d'étudiants en Corée du sud, qui l’interdira ; en Afrique du Sud lors du soulèvement du Township de Soweto ; à la fin des années 80 sur la place Tiananmen à Pékin, en Tchécoslovaquie lors de la révolution de velours… Elle sera traduite en Hindi, en Espagnol... Pour la Bibliothèque du Congrès américain, « We shall Overcome » est « la chanson la plus puissante du 20ème siècle ».
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