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Géopolitique

Yonatan Touval, essayiste : « Dans chaque cas, la suspension du conflit entre Israël et ses voisins laisse sans réponse la cause qui l’a produit »

Au Liban, à Gaza et en Iran, l’Etat hébreu déploie sa force sans que ne soient jamais tranchées les questions politiques que ces conflits soulèvent. Ce choix de toujours les remettre à plus tard représente aujourd’hui un danger, estime le spécialiste de politique étrangère, dans une tr

Yonatan Touval, essayiste : « Dans chaque cas, la suspension du conflit entre Israël et ses voisins laisse sans réponse la cause qui l’a produit »
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A la fin de l’année 1940, dans un Paris vaincu, Henri Bergson se fit recenser comme juif. Il avait 81 ans, était malade et demeurait le philosophe français le plus célèbre. En raison de sa renommée, Vichy lui offrit de l’exempter des mesures prises contre les juifs. Bergson refusa. Le philosophe de la durée ne voulut pas se tenir hors du temps. Il mourut quelques semaines plus tard. Il avait refusé le seul privilège que lui offrait la tyrannie : être soustrait au sort commun.

Israël fut créé pour faire des juifs les sujets de l’histoire, et non plus ses objets ou ses exceptions. Pourtant, sa politique cherche de plus en plus l’exemption que Bergson avait refusée. Elle préfère la suspension à la décision : sa frontière la plus lourde de conséquences – celle avec les territoires palestiniens – demeure provisoire ; l’occupation, temporaire dans les mots, est permanente dans les faits ; même sa capacité nucléaire relève d’une ambiguïté devenue doctrine. Israël pratique une politique du temps. Il achète des intervalles sans dire à quoi ce temps doit servir.

Cet été, Gaza reste entre un cessez-le-feu et un après-guerre sans nom ; le Liban, entre un accord-cadre et un retrait incertain ; l’Iran, entre un arrangement fragilisé par la reprise des hostilités et un règlement nucléaire différé. Dans chaque cas, la suspension du conflit laisse sans réponse la question qui l’a produit. Le problème tient moins à la force israélienne qu’à la pauvreté de sa finalité politique. Le Hamas a été durement frappé, le Hezbollah affaibli, l’Iran directement attaqué. Pourtant, le Hamas conserve son emprise à Gaza, le Hezbollah reste ancré dans la politique libanaise et le régime de Téhéran survit. Israël peut faire payer ; il ne peut dire ce qu’il achète.

La stratégie israélienne a depuis longtemps des noms pour cette absence de dénouement. A Gaza, « tondre le gazon » désignait une sorte de guerre d’entretien, à reprendre périodiquement. La « campagne entre les guerres » a fait de l’intervalle un champ d’action, retardant la prochaine guerre tout en présumant son retour. Même le retrait de Gaza a suscité ce langage : Dov Weisglass, conseiller d’Ariel Sharon [1928-2014], a décrit le désengagement comme du « formol » destiné à endormir tout processus politique avec les Palestiniens. Ces formules apprivoisent la répétition et font passer l’absence de fin pour une forme de maîtrise.

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