Canular ? Happening ? Occasion manquée ? Rarement une fin de thèse universitaire aura suscité autant d’interrogations hors du cadre policé d’une salle de faculté. Il faut dire que ce travail de trois ans au sein du Laboratoire d’informatique de Grenoble s’est terminé, le 1er juin, par une soutenance « sauvage » en plein air, car elle n’avait pas été officiellement autorisée.
Le 13 mai, le directeur de thèse, Romain Couillet, professeur à l’université Grenoble-Alpes, et son étudiant, Achille Baucher, apprennent que la soutenance ne peut se tenir, après un avis défavorable de l’école doctorale Mathématiques, sciences et technologies de l’information, informatique, pour laquelle le texte ne relève pas des mathématiques appliquées. En outre, le document de 147 pages détonne : un titre atypique, « Désescalade numérique, recherche-action dans l’écosystème grenoblois », aucune formule, des aquarelles ironiques en guise d’illustrations, des tracts en annexe… Et l’aveu formulé par l’auteur de vouloir tester « jusqu’où on pouvait pousser la liberté » dans cet exercice assumé de « subversion ».
Le 26 mai, bien qu’une sociologue ait rejoint le jury, comme gage d’interdisciplinarité, le Collège des écoles doctorales – l’instance de coordination – maintient son refus, car une seconde condition n’est pas remplie : l’« association de l’étudiant avec une autre école doctorale ». Le directeur de thèse le comprend comme l’obligation de lancer une cotutelle, avec pour conséquence une prolongation du travail de plusieurs mois. L’université évoque un report plus court. Ce hiatus entre les deux camps n’est pas le seul.
« Faire taire une voix critique »
Le texte a bien reçu un avis favorable des deux rapporteurs, dont un philosophe, avec des bémols sérieux. Mais ces derniers, ainsi que le problème disciplinaire, justifient, pour l’école doctorale, de ne pas autoriser la soutenance. Pour les soutiens de l’étudiant, l’instance a outrepassé ses droits en « contrôlant le savoir » en amont de la soutenance. Aucun recours juridique n’a été lancé pour clarifier ce point.
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