LETTRE DE MADRID
Virgilio Mata n’en peut plus. Porte-parole du collectif de riverains de Las Rosas, dans l’est de Madrid, il décrit comme un « véritable enfer » les 10 concerts donnés par Bad Bunny au stade Metropolitano, à deux pas de chez lui, entre le 30 mai et le 15 juin. La plus longue résidence de la tournée mondiale de la star portoricaine du reggaeton, pour son dernier album Debi Tirar Mas Fotos, a attiré quelque 68 000 spectateurs chaque soir, soit plus du double des 32 000 habitants du quartier.
« Le toit du stade, conçu pour protéger les spectateurs des intempéries, ne fait qu’amplifier le son. [Lors des matchs], quand il y a un but, on l’entend jusqu’au supermarché. Là, c’était une autre dimension. » Le bruit n’est pas le seul problème. Les 10 soirées tombaient en semaine. « Les rues étaient bouclées, il était presque impossible de rentrer chez soi », raconte Virgilio Mata, installé dans le quartier depuis 1999.
Las Rosas est loin d’être un cas isolé. D’un quartier à l’autre, Madrid assume un modèle de développement fondé sur l’événementiel. Les grands concerts sont devenus l’un des moteurs de la croissance de la capitale : selon les promoteurs, la seule résidence de Bad Bunny aurait généré près de 200 millions d’euros de retombées économiques. « Madrid est une ville de bruit », revendiquait en mai la présidente conservatrice de la région, Isabel Diaz Ayuso.
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