Peu de joyaux parisiens restent préservés du tourisme de masse, constate la journaliste Ana Marcos dans un reportage pour le quotidien espagnol El País. Mais l’église Saint-Eustache semble faire partie de ces sites moins fréquentés, autant par les visiteurs que par les locaux. Nichées dans le quartier des Halles, les voûtes du bâtiment religieux abritent des œuvres de siècles bien différents : des peintures du XVIIe siècle de l’italien Luca Giordano côtoient celles du flamand Rubens… et depuis le 25 juin, elles sont à nouveau rejointes par La vie du Christ, de Keith Haring. “La majorité des touristes qui visitent la ville ignorent que cette église monumentale héberge tant de grands maîtres. Ce n’est pas non plus la plus fréquentée par les Parisiens”, relatent les colonnes du titre de centre gauche.

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“Un an avant sa mort [en 1990], [Keith Haring] a réalisé le triptyque en bronze patiné d’or blanc pour l’église Saint-Eustache”, rappelle le journal. L’œuvre de l’artiste new-yorkais avait quitté son emplacement d’origine dans la chapelle Saint-Vincent-de-Paul pendant deux ans, le temps pour cette dernière de refaire peau neuve.

Victimes du Sida

L’œuvre de Keith Haring “relève plus de la sculpture que du graffiti, avec toujours la même capacité à interroger le canon blanc et hétérosexuel”. L’artiste américain l’avait offert à l’église en signe de reconnaissance pour avoir accueilli les victimes du Sida et leurs proches pendant l’épidémie des années 1980 – ce qu’elle n’a cessé de faire jusqu’à aujourd’hui. Lui-même victime du Sida, Keith Haring succomba à la maladie à l’âge de 31 ans.

Mathilde Augé, la directrice générale du World Monuments Fund (WMF) en France – l’ONG qui a financé les travaux, l’une des principales organisations de conservation du patrimoine dans le monde –, souligne auprès d’El País l’importance de restaurer ce lieu : “Bien que l’œuvre occupe une place réduite dans cette grande église, elle est un véritable symbole de charité et de solidarité.”

Chapelle de la Sorbonne

Dans le même temps, l’ONG achève la rénovation de “la chapelle de l’université de la Sorbonne, fermée il y a plus de vingt-cinq ans à cause des terribles dégâts que la tempête de 1999 a provoqués sur la coupole”, et qui abrite la tombe du cardinal de Richelieu. Sur place, la journaliste décrit “les échafaudages déployés jusqu’au toit de la voûte, où plusieurs restaurateurs travaillent sur les peintures commandées par l’architecte Jacques Lemercier au grand peintre baroque Philippe de Champaigne.”

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La restauration de ces lieux s’inscrit dans une démarche globale de réhabilitation et de mise en valeur du patrimoine existant dans le monde. “On parle de réutilisation adaptative, c’est un principe essentiel de la préservation du patrimoine. Très souvent il y a des endroits qui ont été construits pour une fonction particulière, à une période déterminée. Alors, que fait-on aujourd’hui avec ces grands espaces vides ?” s’interroge Bénédicte de Montlaur, la présidente du WMF.

Il est à nouveau possible d’admirer le travail d’Haring dans l’église Saint-Eustache. La célèbre coupole de la Sorbonne, quant à elle, ne sera visible que lors des journées européennes du patrimoine, en septembre.