Que ce soit pour le célèbre réveillon de Copacabana ou le défilé des somptueuses écoles de samba pendant le carnaval, les Cariocas ont une explication toute trouvée lorsque la météo se montre particulièrement clémente – ou, au contraire, désastreuse : soit la Fondation Cobra Coral a répondu à l’appel, soit on a oublié de la solliciter.
La mairie, quant à elle, semble prendre cette croyance au sérieux. Après une violente tempête, à la fin du mois de juillet, et alors que le Brésil se prépare au retour du phénomène El Niño, elle a renouvelé pour vingt-cinq ans son accord avec cette organisation ésotérique brésilienne qui promet “agir spirituellement sur les déséquilibres climatiques” provoqués par l’activité humaine et minimiser les effets des catastrophes climatiques, rapporte l’hebdomadaire Veja. Le partenariat a été publié au Journal officiel municipal le jeudi 6 août.
Cette collaboration, qui remonte aux années 1990, s’était interrompue en 2017, lorsque le dernier accord avait expiré, selon le portail d’information Uol. Une interruption déplorée par l’organisation après la tempête de juillet dernier.
Si le partenariat ne prévoit aucun “transfert de fonds publics”, il comporte cependant des “contreparties”, détaille la fondation, notamment des rapports semestriels de la mairie sur les “travaux de voirie et les opérations de nettoyage des cours d’eau” réalisés en amont des périodes de pluie, précise le site G1, du groupe Globo. L’entité doit aussi être informée en cas de risque d’inondation ou d’“autre phénomène climatique inhabituel” afin de procéder, explique-t-elle, aux “ajustements nécessaires”.
Chaque jeudi, les pistes de la presse étrangère pour agir face au dérèglement climatique et s’adapter
Un esprit amérindien
Le quotidien Extra revient sur les origines de l’organisation. Une nuit de 1954, alors que l’épouse du médium Ângelo Scritori accouche, une violente vague de gel ravage les plantations de café de la famille. L’homme affirme qu’un esprit lui a alors annoncé que leur fille, Adelaide, sera “capable de communiquer” avec une entité “suffisamment puissante pour modifier les phénomènes naturels”.
Dès l’âge de 7 ans, celle-ci raconte avoir reçu son premier message du “Cacique Cobra Coral”, un esprit d’origine amérindienne qui aurait, dans des vies antérieures, pris les traits de l’astronome italien Galilée et de l’ancien président américain Abraham Lincoln.
C’est dans les années 1980 que la Fondation Cobra Coral “prend sa forme actuelle”, en nouant des “partenariats” avec des responsables politiques, des célébrités et des organisateurs d’événements. Adelaide en prendra la tête en 2002, à la mort de son père.
Depuis, la fondation revendique un champ d’intervention toujours plus large, dont la presse brésilienne se fait régulièrement l’écho. Outre les réveillons et les carnavals, elle dit ainsi avoir été sollicitée pour des investitures de dirigeants et des cérémonies de la famille royale britannique.
Des médias s’intéressent aussi aux financements de la fondation. Celle-ci assure ne pas percevoir d’argent public mais ferait payer ses partenaires privés, indique le quotidien O Estado de São Paulo. “Le tarif pour engager ses services afin de contrôler la météo” reste toutefois “incertain”. En 2001, un célèbre festival de Rio lui aurait versé 10 000 dollars, soit l’équivalent de près de 19 000 dollars actuels.
Assurances-vie et imperméables
Selon Gazeta do Povo, l’organisation s’appuie surtout sur un “conglomérat d’entreprises” qui commercialise des produits allant “des assurances-vie jusqu’aux imperméables, littéralement”, ainsi que des services météorologiques “développés par des scientifiques” recrutés par le groupe.
“Le scénario est généralement le même, résume, non sans ironie, l’hebdomadaire conservateur. La fondation annonce son intervention à la presse et aux autorités, qui confirment, démentent ou gardent le silence. Au bout du compte, le récit contribue à renforcer [son] aura d’influence” et à attirer des clients vers les activités du groupe.
La fondation s’est aussi récemment illustrée sur le terrain diplomatique, comme le fait observer O Globo : après les attaques du président argentin, Javier Milei, contre son homologue brésilien, Lula, elle a suspendu fin juillet son “assistance climatique” à l’Argentine, comme elle l’avait fait en 2025 pour les États-Unis après l’annonce de surtaxes douanières.
Elle avait peu après publié une vidéo des inondations à New York, accompagnée d’un commentaire sarcastique : “Mère Nature donne et reprend.”