Le tribunal administratif de Paris a enjoint, mercredi 17 juin, au ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, d’autoriser l’accréditation, qui lui avait été refusée, à un journaliste de Politis pour le salon de l’armement Eurosatory, selon une ordonnance dont l’Agence France-Presse (AFP) a eu connaissance.
Au cours de l’audience, le représentant du ministère de l’intérieur a justifié l’avis défavorable à l’accréditation de Maxime Sirvins, par un « risque » de « happening contestataire » au salon Eurosatory, qui se tient actuellement en région parisienne. Le représentant de l’intérieur a également douté de la participation de M. Sirvins à des manifestations passées – de « gilets jaunes » ou d’antifascistes – « en qualité de journaliste ».
Ces « doutes » ont été battus en brèche par le tribunal, qui relève que « ses articles » sur ces manifestations « ont été publiés par différents journaux nationaux ». Le tribunal a aussi souligné que la présence de M. Sirvins à « l’édition 2022 du même salon n’a donné lieu à aucun incident, alors que le contexte international était également marqué par des tensions géopolitiques ».
Le tribunal administratif « enjoint » dès lors « au ministre de l’intérieur de délivrer » un « avis conforme favorable permettant à M. Sirvins la délivrance d’une accréditation lui permettant d’accéder au salon Eurosatory ». Sollicité par l’AFP, le ministère de l’intérieur ne fait « aucun commentaire » et « prend acte de la décision ».
« Dérive extrêmement préoccupante »
Le tribunal a considéré au passage que ce refus d’accréditation était « une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’expression et à la liberté de travailler ».
Les avocats du journaliste, Coline Koch-Marquant, Emilien Vinot, Pierre Brunisso et Théo Kermagoret, se sont « félicités », dans un communiqué, de l’ordonnance rendue. Et de dénoncer « une inquiétante dérive, puisque le ministère de l’intérieur s’est fondé sur la couverture de sujets d’armement et de maintien de l’ordre pour lui refuser l’accès à un salon ». « Cette dérive, quand bien même censurée » par « le juge administratif, demeure extrêmement préoccupante en ce qu’elle révèle le peu de considération du ministère de l’intérieur à l’égard de la presse, en particulier quand il est question d’une ligne éditoriale engagée », concluent les avocats du journaliste.
La Ligue des droits de l’homme et les syndicats des journalistes SNJ et SNJ-CGT ont soutenu la requête de M. Sirvins lors de cette audience. Reporters sans frontières s’était inquiété mardi sur la plateforme X « du retrait de l’accréditation » de M. Sirvins, pointant « une atteinte préoccupante à la liberté de la presse ».