L’enquête visant José Luis Rodriguez Zapatero, ex-premier ministre espagnol (2004-2011), pour trafic d’influence, a mené à l’inculpation de ses deux filles, a fait savoir, jeudi 18 juin, l’Audience nationale, le tribunal spécialisé en Espagne dans les affaires les plus sensibles.
Cette annonce survient au lendemain de l’audition de M. Zapatero face au juge José Luis Calama, chargé des investigations, lors de laquelle l’ancien dirigeant socialiste, figure historique et très respectée de la gauche espagnole, a nié les accusations portées à son encontre.
Le juge Calama « prend cette décision à la demande du parquet anticorruption qui, dans un écrit présenté mardi dernier, [lui] avait demandé d’auditionner les filles et la secrétaire de l’ancien chef du gouvernement en tant qu’inculpées », a annoncé le tribunal dans un communiqué.
Percevoir des pots-de-vin
De telle manière, Alba et Laura Rodriguez Espinosa, les filles de l’ex-dirigeant socialiste, pourront « exercer leur droit à la défense », ajoute l’Audience nationale, qui précise que la date de leur convocation face au juge sera fixée ultérieurement.
Les enquêteurs accusent M. Zapatero d’être « le chef présumé d’une structure stable et hiérarchisée » de trafic d’influence dont l’objectif aurait été de percevoir des pots-de-vin, par l’intermédiaire de « multiples sociétés commerciales, apparemment instrumentalisées pour canaliser ces paiements ».
Or, selon l’Audience nationale, ses deux filles « sont administratrices » de l’une de ces sociétés, Whathefav, « dont l’activité apparaît, selon les indices, liée au réseau faisant l’objet de l’enquête, ce qui justifie en soi leur convocation en qualité d’inculpées ».
1,3 million d’euros de bijoux
L’enquête visant M. Zapatero s’inscrit dans le cadre de l’affaire dite « Plus Ultra », qui examine si l’ancien dirigeant socialiste a favorisé, en échange d’argent et en usant de son influence encore très forte même s’il n’était plus au pouvoir depuis dix ans, le sauvetage public à hauteur de 53 millions d’euros de cette petite compagnie aérienne pendant la pandémie de Covid-19.
Parmi les éléments marquants de cette enquête figure également la découverte de nombreux bijoux et montres de luxe dans un coffre-fort de son bureau, dont la valeur a été estimée à 1,3 million d’euros, qui lui valent d’être aussi poursuivi pour fraude fiscale et contrebande présumée. Mercredi, José Luis Rodriguez Zapatero a refusé de s’expliquer sur la provenance de ces bijoux face au juge Calama, selon des sources judiciaires.
Selon la presse espagnole citant des proches, ces bijoux s’inscriraient dans le cadre des présents protocolaires échangés entre représentants officiels et auraient été remis par l’ancien roi d’Arabie saoudite à l’épouse de José Luis Rodriguez Zapatero, durant son mandat à la tête du gouvernement espagnol (2004-2011).