Les nouvelles techniques génomiques (NGT) dans l’agriculture, qui peuvent rendre des plantations plus résistantes à la sécheresse ou aux maladies, ont été autorisées, mercredi 17 juin, par le Parlement européen, inquiétant les défenseurs de l’environnement ainsi que les petits exploitants.
Contrairement à celui des organismes génétiquement modifiés (OGM) de première génération, le génome de ces « nouveaux OGM » a été modifié sans introduction d’ADN étranger. Autrement dit, les semences obtenues par les NGT sont bien des OGM, mais ne sont pas transgéniques. Ces NGT permettent par exemple d’obtenir des variétés moins gourmandes en eau ou en pesticides, ou encore du blé pauvre en gluten.
Les eurodéputés ont donné leur ultime aval à la mi-journée dans l’hémicycle de Strasbourg, en rejetant tous les amendements qui auraient relancé les négociations sur ce texte. Cette technique d’« édition » génomique était jusqu’ici classée dans la catégorie des OGM, tous interdits à la culture dans l’UE, à l’exception du maïs Monsanto 810, cultivé sur de petites surfaces en Espagne et au Portugal.
Un risque d’« homogénéisation des cultures »
Le débat sur ces biotechnologies divise le monde agricole européen. Au Parlement, la rapporteuse de la loi, l’eurodéputée suédoise Jessica Polfjärd (PPE, droite), vante une technologie qui « permettra de cultiver des plantes résistantes au changement climatique et d’obtenir des rendements plus élevés sur des surfaces plus réduites ».
L’autorisation des NGT était réclamée par la puissante organisation agricole Copa Cogeca ainsi que les grands semenciers, au nom de la compétitivité européenne face aux Etats-Unis et à la Chine, qui y ont déjà recours. Elle était aussi soutenue par des exploitants aux Antilles, pour lutter contre un champignon qui ravage les bananeraies : la cercosporiose noire.
En revanche, des agriculteurs bio s’y opposent, ainsi que des représentants de petites exploitations. Mardi, la Confédération paysanne, troisième syndicat français, avait organisé, devant le Parlement européen, un rassemblement d’une soixantaine d’agriculteurs contre la loi.
Thomas Gibert, maraîcher en Haute-Vienne et porte-parole de la Confédération paysanne, dénonçait, avec l’autorisation des NGT, un « risque majeur » de « privatisation » du vivant et d’« homogénéisation des cultures », soutenus par le « lobby ultrapuissant de l’agro-industrie ».
Dans la dernière ligne droite, le socialiste Christophe Clergeau a tenté de modifier la loi, pour s’opposer à la mise en place de brevets sur ces NGT. « A travers les brevets, il y a un risque de concentration du marché entre quelques grands groupes internationaux et que, dans les années qui viennent, ce soit tout le tissu des petits producteurs européens de semences qui disparaisse progressivement », estimait-il, avant de voir ses amendements rejetés.
Absence d’étiquetage sur les produits finaux
Les NGT ont été largement défendues dans l’hémicycle, de la droite au centre, qui estime avoir obtenu des garanties sur les techniques autorisées. « Nous avons créé un modèle européen souverain des nouvelles techniques génomiques qui servira nos agriculteurs. (…) Il ne s’agit pas d’importer le modèle américain ou brésilien », a fait valoir l’eurodéputé centriste Pascal Canfin.
Le compromis scellé avec les Etats membres assouplit les règles actuelles pour une partie des NGT, celles dites de catégorie 1, qui, sous réserve d’un nombre limité de mutations, seront considérées comme équivalentes aux variétés conventionnelles.
Les NGT résistantes aux herbicides ou produisant des insecticides ne seront pas autorisées sur le marché, au nom de la durabilité. Et pour l’agriculture biologique, aucune NGT ne sera autorisée. L’Autorité européenne de sécurité des aliments, l’EFSA, s’était montrée favorable à l’approche de Bruxelles visant à autoriser une partie des NGT.
Plus prudente, l’agence sanitaire française, l’Anses, avait préconisé dans un avis de 2024 une évaluation « au cas par cas » des « risques sanitaires et environnementaux » avant toute mise sur le marché.
Entre la phase de test des nouvelles variétés et leur commercialisation, il faudra plusieurs années avant que des aliments produits avec des NGT arrivent dans les assiettes des Européens. Des organisations environnementales, comme Pollinis, s’alarment déjà de l’absence d’étiquetage sur les produits finaux : selon le texte, la présence de NGT de catégorie 1 devra figurer sur les sacs de semences achetés par les agriculteurs, mais pas sur les étiquettes présentes sur les étals.