Le silence de la presse est éloquent. L’essentiel des médias de Hong Kong, comme les quotidiens South China Morning Post et Ming Pao, ou la RTHK, l’audiovisuel public du territoire, observent une stricte retenue en cette journée du 4 juin, date anniversaire du massacre des manifestants de la place Tian’anmen par les chars chinois à Pékin en 1989.

Alors que ces mêmes organes de la presse hongkongaise, à l’image de la société civile, ont entretenu la flamme du mouvement démocratique réprimé dans le sang pendant plus de trente ans, ne reste plus aujourd’hui que Hong Kong Free Press (HKFP) pour porter une voix un tant soit peu dissidente. En prenant des pincettes : l’article que le site consacre à ce tragique anniversaire porte plutôt sur le procès en cours de Chow Hang-tung, une avocate qui a dirigé l’Alliance de Hong Kong pour le soutien aux mouvements démocratiques patriotiques de Chine.

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Cet organisme, créé dès le mois de mai 1989 en soutien aux manifestants pékinois, “est à l’origine des veillées aux chandelles organisées chaque 4 juin au Parc Victoria pour commémorer les morts et perpétuer l’esprit du mouvement prodémocratie de 1989”. Pendant trente ans, plusieurs dizaines de milliers de personnes s’y sont retrouvées chaque année.

Autocensure généralisée

L’occasion, pour HKFP, de rappeler qu’après l’imposition par Pékin d’une loi sur la sécurité nationale à Hong Kong en 2020, “la police a arrêté les dirigeants de l’Alliance”, laquelle n’a pu que “voter sa dissolution la même année, mettant ainsi fin à des décennies de veillées et d’actions de plaidoyer”. Chow Hang-tung, qui connaîtra le verdict en juillet, risque dix ans de prison.

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De fait, remarque la version chinoise du site américain Radio Free Asia, “la société hongkongaise se tait”. M. Chan, un journaliste qui préfère n’être cité que par son nom, explique la situation :

“Ce n’est pas que les médias hongkongais ignorent la commémoration du 4 juin, ni qu’ils manquent d’informations. Mais plutôt qu’ils n’osent plus l’aborder.”

Fini les reportages télévisés sur la veillée aux chandelles, les rétrospectives sur le mouvement de 1989 ou les interviews de citoyens présents aux commémorations… “Désormais, avec la loi sur la sécurité nationale, ces activités sont considérées comme illégales et les médias ne peuvent plus les couvrir.”

Cette année, signale The Guardian, l’artiste Chen Sanmu a tenté de nouer un fil rouge symbolique à un panneau de signalisation à Causeway Bay, le quartier commerçant limitrophe du fameux Parc Victoria. Il a été rapidement interpellé par des policiers en civil, bien avant qu’il finisse de dérouler sa ficelle de 6,4 mètres, une référence à la date du 4 juin, qui s’écrit sous la forme “6-4” en chinois.

Ministère de la Vérité

Depuis son exil en Italie, le dissident chinois “Li Laoshi bushi ni Laoshi” recense de son côté sur son compte X les différents exemples de censure parfaitement absurdes de l’Internet chinois. Ce 4 juin, il est ainsi impossible d’acheter en ligne des articles qui coûteraient 64 ou 6,40 yuans. Impossible, aussi, d’écouter le titre “New Tank” du rappeur Playboi Carti – à cause de la référence aux chars qui ont déferlé sur la place en 1989. Une publicité partagée en ligne par un internaute sur le “jeudi fou” de KFC, ce 4 juin, a aussi fait les frais de la censure. Même un internaute qui a osé publier une image blanche sur son réseau social Weixin a été banni temporairement : “Violations des réglementations en vigueur”

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Autant de dispositions qui rappellent le “ministère de la Vérité” de 1984, le roman de George Orwell. Ce que l’avocate Chow Hang-tung a résumé en ces termes, repris par HKFP, durant une audience de son procès :

“Dire la vérité égale ‘incitation à la haine’. Réclamer justice égale ‘exploitation de la souffrance’. Demander des comptes égale ‘violation de la Constitution’. Revendiquer la démocratie égale ‘incitation à la subversion’.”

Pour autant, la presse hongkongaise mentionne bien les activités du Parc Victoria en ce 4 juin, à l’instar du quotidien Wen Wei Po, contrôlé par le gouvernement. Car pour la quatrième année consécutive, le lieu qui était auparavant réservé à la mémoire du massacre de Tian’anmen est désormais réservé à un grand Carnaval patriotique des marchés de quartier. Il réunit “plus de 370 stands présentant environ 1,1 million de produits du terroir provenant des différentes provinces de Chine”, s’ébaudit le journal à propos de ce marché qui “se déroule dans une ambiance harmonieuse et animée”. Et où on ne parle surtout pas de démocratie.