Depuis mille quatre-vingt-quinze jours, notre père et notre mère, Mohamed et Khadija Bazoum [ancien président du Niger de 2021 à 2023 et son épouse] n’ont vu aucun visage ami, entendu aucune voix familière, reçu aucune visite. Ils sont séquestrés comme otages par les militaires qui ont commis le coup d’Etat du 26 juillet 2023 au Niger.
Au cours de ces trois longues années, le sort de nos parents est resté le même, marqué par un régime d’isolement social hermétique reposant sur la haine et le mépris. Le mépris est constant dans la façon dont nos parents sont traités. Ce mépris qui ne leur reconnaît aucune dignité.
Ces dernières années, d’autres pays africains ont connu des coups d’Etat. Nulle part les présidents qui en ont été victimes n’ont été traités de manière aussi radicale. Au Mali et au Burkina Faso, les présidents renversés ont vite retrouvé une vie normale. En Guinée, au Gabon, en Guinée-Bissau et à Madagascar, ils vivent aujourd’hui libres, en exil.
Partout, les hommes qui ont pris le pouvoir par les armes ont au moins reconnu à ceux qu’ils renversaient leur qualité d’êtres humains. Partout, sauf au Niger, où trois années après le putsch, nos parents continuent de ployer sous une chape de plomb impitoyable. Les putschistes ne considèrent pas nos parents comme leurs semblables, mais comme des êtres à part, indignes de compassion et contre lesquels tous les abus sont permis.
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