[Cet article est issu du supplément Courrier ados proposé avec le numéro 1864-1865-1866 de Courrier international, en vente du 23 juillet au 12 août 2026.]

Postées en cercle dans un parc de Santiago, des centaines de personnes sont rassemblées autour de deux jeunes qui s’affrontent en duel devant deux jurés. Ici, pas de violence physique mais des combats de rimes improvisées, glissées dans des reparties bien senties. Bienvenue à une battle de freestyle au Chili, où ce mélange d’art et de sport reprend du poil de la bête.

Après le coup d’arrêt causé par la pandémie de Covid-19 – une tentative d’en organiser à huis clos pendant le confinement n’a guère eu de succès –, ces joutes ont peiné à ressurgir avec force durant les années suivantes. Mais aujourd’hui elles “connaissent un regain de popularité incroyable auprès des jeunes”, grâce à une “nouvelle génération de compétiteurs”, raconte le journal chilien La Tercera.

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En témoigne le fait qu’en avril la capitale chilienne a accueilli la finale mondiale du championnat Red Bull Batalla de los Gallos, remportée par le rappeur chilien Efraín Reeve, alias “El Menor”. Plus de 7 000 personnes y ont assisté. Et le phénomène attire aussi les foules dans les parcs de Santiago, où ont repris les DEM Battles, compétitions de rue créées en 2016 par les youtubeurs Diego et Matías Núñez et qui avaient participé à la massification des batailles de freestyle.

Une nouvelle catégorie, en particulier, explique le boom actuel : les DEM Battles −18, réservées aux mineurs. Une façon de redonner du souffle à la discipline et de favoriser l’émergence d’un nouveau vivier de rappeurs. Dans un pays comme le Chili, patrie de Pablo Neruda et Gabriela Mistral, où la poésie est un art populaire, le succès du freestyle n’est pas étonnant.

Un cercle, des projecteurs et un haut-parleur

La Tercera a assisté à une de ces compétitions à Santiago, à laquelle 150 jeunes de moins de 18 ans s’étaient inscrits, moyennant le paiement de 2 000 pesos [1,90 euro]. “Un cercle délimité par une corde bleue sépare le public des artistes ; à l’intérieur, on trouve les chaises des juges, des projecteurs et un haut-parleur, raconte le tabloïd généraliste. Certains concurrents n’ont pas plus de 15 ans, mais maîtrisent parfaitement les figures de style.” L’organisateur, Tomás Gutiérrez, alias “Cayú”, se félicite :

“Le freestyle renaît, au moins au Chili.”

En mai, plus de 7 000 personnes se sont même rassemblées au parc Almagro. Si le genre a beaucoup de succès, c’est aussi grâce à la renommée d’artistes aux vidéos virales comme El Menor, El Fusok, El Barto, ou de jeunes comme BTI, Destello ou Zagacy, cite le média local. Et aux initiatives de passionnés, comme le rappeur Martín “Acertijo” García, qui a créé un centre d’entraînement au freestyle “inédit” et anime des ateliers avec Edson “Tom Crowley” Herrera, où les jeunes apprennent “comment tenir un micro, ce qu’est une rime, une syllabe tonique ou les figures de style littéraires…”, explique La Tercera. Ou Cristián “Seo2” Bórquez, à l’origine d’une plateforme baptisée “Compeflow”, qui facilite l’organisation de compétitions de rue.

Dans les parcs, des jeunes de 12 ans impressionnent le quotidien chilien par la qualité de leurs rimes et leur capacité à élaborer des phrases à double sens. Quand la battle se termine, le président du juré lève le bras du vainqueur. Le public lui, est “en feu”.