Cette année à Cannes, on se bat sur les plages de la Croisette comme sur les plages de Normandie [lors du débarquement allié, en juin 1944]. Chaque soirée est le théâtre de débats enflammés entre journalistes et sources bien informées pour savoir quel film, parmi la sélection très clivante de cette année, mérite le plus la Palme d’or.

Lors de la soirée du film Paper Tiger, un thriller [de l’Américain James Gray] se déroulant à New York, avec Miles Teller et Adam Driver, je prédisais que Scarlett Johansson ferait partie des favorites aux Oscars, tandis qu’à côté de moi un confrère affirmait, un verre à la main, que sa performance – tout en accent, en émotivité et en bouclettes permanentées – lui vaudrait surtout un Razzie [une parodie de prix décerné aux pires films].

À une autre fête, c’est le très bavard Soudain qui faisait parler de lui alors qu’un fervent détracteur se débattait contre un groupe de spectateurs enthousiastes. Les trois heures de ce film signé [du réalisateur japonais] Ryusuke Hamaguchi étaient-elles un bouleversant manifestant humaniste ou un long sermon boursouflé d’autosatisfaction ? La discussion était si animée qu’on aurait cru les délibérations finales du jury lui-même.

Des festivaliers divisés comme jamais

Les divergences d’opinions font partie du jeu da