Le Parlement libanais a voté, mercredi 12 août, une vaste loi d’amnistie générale devant profiter à des milliers de prisonniers et personnes recherchées par la justice, une première depuis 1991 et la fin de la guerre civile. La présidence de l’Assemblée a ainsi annoncé « l’adoption de la proposition de loi accordant une amnistie générale et réduisant, à titre exceptionnel (…) la durée de certaines peines ». Cette mesure, soutenue par plusieurs groupes politiques, polarise le débat depuis des années.
Les autorités n’ont pas précisé dans l’immédiat combien de personnes étaient concernées. Les députés à l’initiative de la loi l’ont justifiée par la surpopulation carcérale dans un contexte de lenteur procédurale endémique. Selon le rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, le taux de surpopulation carcérale atteignait 300 % en 2025. L’administration pénitentiaire recensait 6 268 détenus à la fin de mars.
Selon Imad Al-Hout, l’un des députés les plus actifs sur le sujet, la loi va permettre de réduire les peines des condamnés à mort et à la réclusion criminelle à perpétuité à une dizaine d’années de détention effectives. Elle prévoit également la libération des prisonniers incarcérés depuis plus de douze ans dans l’attente d’un jugement.
Une mesure qui devrait notamment profiter à des détenus islamistes
Au Liban, la question de l’amnistie a refait surface après la chute de l’ancien président syrien Bachar Al-Assad, à la fin de 2024. Cette mesure devrait notamment profiter à des détenus islamistes, dont plusieurs sont emprisonnés depuis de longues années, souvent sans procès, pour des incidents liés à la guerre en Syrie voisine. La plupart d’entre eux sont originaires de Tripoli, grande ville du nord majoritairement sunnite, et certains sont accusés d’avoir mené des attaques contre l’armée et des attentats à la bombe.
En parallèle, des proches de milliers de détenus originaires de Baalbeck et du Hermel, régions d’influence du Hezbollah chiite, se sont mobilisés dans l’espoir que la loi inclue des crimes liés au trafic de stupéfiants et au vol de véhicules, pour lesquels ils sont poursuivis.
Et des partis chrétiens ont réclamé pour leur part l’amnistie pour d’anciens membres de l’Armée du Liban sud, ancienne milice alliée à Israël, active à partir des années 1980 dans la région frontalière du sud du Liban, alors sous occupation israélienne, et pour des habitants ayant fui vers Israël après son retrait du Liban.
Après la fin de la guerre civile (1975-1990), une loi d’amnistie avait été votée pour les crimes politiques commis pendant le conflit, mais sans s’accompagner d’un processus de réconciliation, ni de justice pour les victimes.