“Le cirque de Farage”, titre à la une The Spectator. L’hebdomadaire conservateur représente Nigel Farage en dompteur de cirque, fouet à la main et debout sur un tas de lingots d’or, tentant de maîtriser un lion qui semble pourtant moins agité que lui. Allusion aux quelque 5 millions de livres sterling (5,8 millions d’euros) de dons non déclarés, qui valent aujourd’hui au chef de Reform UK une enquête parlementaire pour manquement aux règles de transparence financière. C’est cette affaire qui l’a conduit, mardi 7 juillet, à annoncer sa démission de son siège de député de Clacton-on-Sea afin de provoquer une élection partielle… à laquelle il s’est immédiatement présenté.

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Selon le Spectator, le chef du parti de droite populiste entend mener une campagne opposant “le peuple à l’establishment”, estimant qu’il revient à ses électeurs, et non aux institutions de Londres, de décider s’il mérite de rester député. L’opération lui offre également un avantage procédural : l’enquête parlementaire est suspendue pendant la campagne et ne pourra reprendre qu’en cas de réélection. Si la commission des standards recommande ensuite une suspension d’au moins dix jours, Farage pourrait même être confronté à une nouvelle procédure de révocation et à une seconde élection partielle, explique le titre. Comme le résume un proche cité par le Spectator, “il s’imagine dans un combat de David contre Goliath contre l’establishment, et cette élection est sa fronde”.

Un coup tactique habile

Mais un nouveau rebondissement est venu bouleverser ce scénario. Les principaux partis britanniques ont décidé de ne présenter aucun candidat à Clacton-on-Sea, refusant d’offrir à Farage le duel politique qu’il espérait. Le chef de Reform UK se retrouve désormais dans un face-à-face absurde avec un seul adversaire, loufoque qui plus est – Count Binface, le “Comte Tête de Poubelle”, soit une candidature en carton. Pour le Spectator, c’est un coup tactique particulièrement habile :

“Ce que Reform UK n’avait sans doute pas anticipé, c’est que les principaux partis choisiraient de se retirer […]. Ils lui refusent ainsi le duel cathartique qu’il recherchait.”

Le journaliste Tim Shipman invite toutefois à dépasser le récit d’un simple complot contre le leader populiste. “Oui, de nombreuses figures de l’establishment cherchent à atteindre Farage. Mais il est tout aussi vrai que, même au sein de Reform UK, des voix expérimentées estiment qu’il aurait été plus avisé de déclarer ce don de 5 millions de livres sterling et que son équipe a très mal géré les conséquences de cette affaire.”

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En refusant de “danser au rythme de Farage”, les partis traditionnels ont peut-être privé le chef de Reform UK de la confrontation dont il avait besoin pour se poser en martyr politique. Cependant, conclut Shipman, le vrai pari de Farage “repose sur le fait que les électeurs qu’il vise entendront malgré tout la musique”.