À Ankara, lors du sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan), les déclarations contradictoires de Donald Trump et sa promesse d’accorder à Kiev le droit de fabriquer ses propres missiles Patriot ont mobilisé l’attention de la presse. Pour Der Spiegel, l’attitude des Européens était pourtant bien plus intéressante à analyser. Friedrich Merz, notamment, a plaidé pour une européanisation de l’Alliance atlantique. “Mais le chancelier allemand a aussitôt ajouté cette précision rassurante : afin que l’Alliance reste transatlantique.”

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L’hebdomadaire de Hambourg voit dans ces précautions oratoires la preuve que “l’Europe est incapable de se représenter son avenir sans les États-Unis”. Et considère qu’“il s’agit d’une erreur”. Donald Trump ne se cache pas de vouloir annexer le Groenland, territoire autonome danois, reproche aux Européens de ne pas l’avoir soutenu dans sa guerre contre l’Iran et menace même l’Espagne d’un embargo commercial. “L’homme est désormais un danger pour ses alliés. Pourtant, les Européens s’accrochent […]. Cela montre qu’ils craignent par-dessus tout que les États-Unis se retirent de l’Otan.”

Faire le deuil de l’Amérique d’autrefois

Le journal centriste allemand estime pourtant que les pays du Vieux Continent “ne sont absolument pas aussi désarmés qu’ils le croient”. D’abord parce que cette région du monde compte deux puissances nucléaires, la France et le Royaume-Uni. Ensuite parce qu’“aucune autre force n’est aussi expérimentée et créative que l’armée ukrainienne”. Avec un peu de volonté politique, ces atouts peuvent être exploités. “Les Européens ne sont véritablement faibles et vulnérables que quand ils ne s’entendent pas entre eux. Le flanc le plus découvert de l’Europe, c’est sa piètre collaboration en matière de sécurité.”

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Au lieu de chercher à satisfaire Donald Trump en achetant des armes américaines, l’Europe devrait se coordonner davantage et mettre fin aux disputes stériles de ses industriels, continue le Spiegel.

“Il ne faut pas qu’un désastre comme l’échec du Scaf, le projet d’avion de combat franco-germano-espagnol [miné par les désaccords entre Dassault et Airbus], puisse se répéter.”

L’éventualité d’un retrait américain de l’Otan existe bel et bien. Et les Européens doivent d’ores et déjà en discuter, car la puissance des États-Unis ne pourra être remplacée du jour au lendemain. “Les politiciens et les diplomates affirment que l’Otan n’a qu’à survivre à ce dernier mandat de Trump, et que tout ira mieux ensuite. Ils se font des illusions. Même une Amérique après Trump ne s’emploiera plus autant qu’autrefois à garantir la paix et la liberté en Europe.”