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Géopolitique

Au Zimbabwe, l’application mobile qui aide les parents à surveiller la santé de leurs enfants

Le pays d’Afrique australe lance un outil numérique inédit sur le continent. Pensée pour lutter contre la désinformation en ligne sur les questions vaccinales, l’application « Rerai Umntwana » donne des conseils d’allaitement et de nutrition pour les plus jeunes.

Au Zimbabwe, l’application mobile qui aide les parents à surveiller la santé de leurs enfants
HaitiCreoleRadio.com

Lorsque les autorités zimbabwéennes ont annoncé, mi-mai, une nouvelle campagne de vaccination nationale après la découverte d’un cas de polio au Malawi voisin, les habituelles infox se sont répandues sur les réseaux sociaux. « Des comptes très suivis sur TikTok et Facebook répètent encore et encore que l’Organisation mondiale de la santé [OMS] veut contrôler les naissances en injectant aux enfants un produit qui rend stérile », soupire Abel Muzhingi. L’agent de promotion de la santé à Harare, la capitale, ne compte plus le nombre de ces campagnes de désinformation. « Ça arrive systématiquement dès qu’on prononce le mot “vaccin” », déplore-t-il.

Ces fake news à répétition inquiètent les autorités sanitaires du Zimbabwe, qui investissent donc davantage le terrain numérique. En février, le pays a lancé l’application mobile « Rerai Umntwana » (qui signifie « élever les enfants », dans un mélange des deux langues nationales, le shona et le ndebele), adaptation locale de l’application parentale mondiale « Bebbo ». Cet outil, créé par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), est déjà déployé dans une quinzaine de pays, dont l’Ukraine, le Kirghizistan, la Turquie mais aussi l’Equateur.

Outre la lutte contre la désinformation, l’application constitue une sorte de carnet de santé numérique dans lequel les parents peuvent suivre la courbe de croissance de leurs enfants, obtenir des rappels de vaccination ou encore des conseils de nutrition et de développement pour les 1 000 premiers jours de leurs enfants. Si le Zimbabwe est le premier pays d’Afrique à lancer la plateforme, elle a pour l’heure un succès tout relatif : environ 6 000 téléchargements étaient enregistrés, fin mai, dans la nation d’Afrique australe.

« Nous avons un sérieux problème de fake news sur les habitudes alimentaires », analyse Chj Chikanda, chargée de la nutrition au ministère de la santé. L’idée de lancer une contre-attaque en ligne lui est venue après avoir vu une publicité mensongère en 2025 : « Une influenceuse vantait les bienfaits d’une solution de lait infantile plutôt que d’allaiter car ça ferait moins vieillir. » Une « aberration » selon la fonctionnaire, d’autant plus que le taux d’allaitement maternel au Zimbabwe est de 42 %, en deçà de l’objectif de 50 % prôné par l’OMS.

Retard de croissance

En surfant sur l’application aux couleurs nationales vert, noir, rouge et jaune, les parents zimbabwéens y trouvent des conseils sur l’allaitement donc, mais aussi des vidéos évoquant l’alimentation équilibrée des nouveau-nés, des recettes adaptées avec des légumes locaux ou encore des rappels sur les facteurs de l’obésité des enfants. Priorité est donnée aux questions de nutrition, dans un pays durement touché par la sécheresse record de 2024 causée par le phénomène climatique El Niño.

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Le retard de croissance des enfants a augmenté au Zimbabwe, passant de 23,5 % en 2019 à 27 % en 2025, selon un rapport de l’Unicef. Le pourcentage d’enfants de moins de 5 ans en surpoids est passé, lui, de 2,5 % à 4 %. « La santé nutritionnelle représente un défi majeur au Zimbabwe », rappelle la représentante de l’agence onusienne dans le pays, Etona Ekole, selon qui « le manque de diversité de nourriture compromet la santé et le développement de l’enfant ».

En distribuant la bonne parole, l’application « Rerai Umntwana » vient aussi en compensation d’une aide au développement en forte baisse après les coupes budgétaires pratiquées en 2025 par les principaux bailleurs occidentaux. « La tendance, c’est que nous coupons dans nos programmes, y compris ceux de nutrition. Nous courons par exemple le risque de manquer de Plumpy’Nut [une pâte à base d’arachide distribuée pour lutter contre la sous-nutrition] au Zimbabwe », indique Etona Ekole.

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Car, quand bien même l’application mobile offre des solutions, le problème financier demeure. Il suffit, pour s’en rendre compte, d’arpenter les trottoirs d’Harare remplis de stands où sont vendus des snacks bon marché. « La nourriture de rue est populaire car peu chère, pour seulement 1 dollar [85 centimes d’euro], vous mangez des saucisses ou du polony », note Abel Muzhingi, en désignant cette viande transformée à base de restes d’animaux et d’additifs alimentaires, très répandue en Afrique australe, et dont la consommation quotidienne comporte des risques pour la santé. « Ça commence dès le plus jeune âge, déplore le fonctionnaire. Dans les écoles du pays, seulement 2 % des repas scolaires comportent des fruits. »

Dans ce contexte, une application mobile au rayon limité est-elle capable de modifier les habitudes ? Si près de 2 millions d’individus ont téléchargé « Bebbo » dans le monde, une étude de l’Unicef note que seulement 5 % des utilisateurs demeurent des usagers quotidiens sur le long terme. A cela s’ajoute un problème de connectivité au Zimbabwe, où le taux de pénétration de la téléphonie mobile est de 60,7 % et où les zones rurales ont peu accès aux données mobiles pour télécharger « Rerai Umntwana ». Il n’empêche, le modèle séduit déjà d’autres pays africains. Le gouvernement du Lesotho a demandé à l’Unicef de plancher sur l’adaptation de « Bebbo » dans le royaume.

Noé Hochet-Bodin (Harare, envoyé spécial)

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