Peu d’alliances politiques sont plus étranges que celle qui lie le mouvement MAGA [Make America Great Again] à la « Tech Right », cette nouvelle force montante composée de milliardaires et d’investisseurs de la Silicon Valley, qui ont financé le retour au pouvoir de Donald Trump et attisé sa passion pour la déréglementation. Cette alliance fusionne un mouvement populiste rétrograde avec une avant-garde de la Silicon Valley dont la conviction est que l’intelligence artificielle (IA) rendra une grande partie de la population économiquement superflue.
Les deux camps ne se contentent pas de vouloir des choses différentes ; ils vivent dans des mondes différents. La rhétorique MAGA s’ancre dans un passé mythique. Elle vise à restaurer un ordre industriel, national et culturel perdu dominé par le travail, la famille nucléaire et la vie en communauté. D’un côté, on se languit d’un passé idéalisé, de l’autre, on s’efforce de rendre le présent obsolète.
L’image que se fait le mouvement MAGA de lui-même est celle de citoyens « oubliés », parmi lesquels des ouvriers, des petits entrepreneurs et des électeurs des Etats de l’intérieur désindustrialisés laissés pour compte par les élites des côtes. Les milliardaires de la tech, en revanche, anticipent ouvertement l’émergence d’une sous-classe semi-permanente, à mesure que les systèmes avancés suppriment des dizaines de millions d’emplois, concentrant la richesse et le pouvoir entre les mains des détenteurs de capital existants et des entreprises d’IA. Le travailleur moyen ne serait que le vestige d’une époque révolue, censé être apaisé par des prestations sociales minimales tandis que la marche du progrès suit son cours.
Hiatus entre populisme et élitisme
Plutôt que de s’attaquer à cette contradiction, la coalition la dissimule derrière un culte de la personnalité. Alors que les investisseurs technologiques se perçoivent en génies, Trump adopte une posture doublement absurde, se vantant à la fois de son QI hors du commun et de son dévouement singulier envers les « peu éduqués ».
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