Avec «Saytu», l'artiste Alioune Diagne peint ce qui disparaît
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Après son passage remarqué à la Biennale de Venise en 2024, Alioune Diagne présente Saytu, à la Galerie Templon à Paris. Une série de peintures inédites aux couleurs telluriques issue d'un travail de terrain mené pendant deux ans au Sénégal. Le titre, emprunté au wolof, désigne l'idée de recherche et de préservation.
L'artiste de 40 ans a parcouru le centre et le sud-est de son pays, le Sénégal, à la rencontre de communautés minoritaires : Bassari, Bédik, Dialonké et Coniagui. Chez ces ethnies vivant dans des villages isolés à Etiolo, Ibel, Iwol, Andjel, Madina Baffé, il a observé des rituels, des cérémonies et des formes de transmission, aujourd'hui fragilisés par les mutations sociales et culturelles du monde contemporain. Certaines pratiques disparaissent progressivement.
Son projet repose moins sur une logique documentaire que sur une traduction plastique. Alioune Diagne réinterprète ces expériences à travers son système de « signes inconscients », une accumulation de modules picturaux proches du pointillisme occidental qui structure l'ensemble de ses compositions. De loin, les scènes apparaissent nettement. À mesure que le regard s'approche, elles se fragmentent en une multitude de signes autonomes.
Masques, danses, chants, costumes et cérémonies deviennent des surfaces vibrantes dans lesquelles se mêlent abstraction et figuration. Certaines œuvres, à l'image de La jeune fille bassari, se livrent immédiatement. D'autres, comme Sous l'arbre sacré et La foule qui danse, demandent un regard plus attentif.
L'exposition s'inscrit dans une réflexion sur la mémoire et la circulation des savoirs à l'ère de la mondialisation. Pour Alioune Diagne, la peinture est un outil d'archive autant qu'un espace de transformation. Son intérêt pour les rituels féminins et leurs formes de transmission traverse plusieurs de ses œuvres récentes, notamment La première ligne et Rythme Dialonké.
Influencé par la pratique de son grand-père, maître coranique, l'artiste sénégalais développe un langage visuel pensé comme un système de signes universels. Une manière pour Alioune Diagne de fixer ce qui subsiste encore, avant disparition.
Alioune Diagne, exposition « Saytu » à la galerie Templon jusqu'au 18 juillet 2026
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