Cinéma. “Backrooms” et “Obsession” : l’horreur d’une Gen Z angoissée
Solitude, incertitude : surfer sur les angoisses du monde (ou tenter de susciter une catharsis), ça a du bon.
“Le week-end de sa sortie, Backrooms a attiré un public à 85 % âgé de moins de 35 ans. Quant aux spectateurs d’Obsession, 75 % d’entre eux appartenaient à la tranche des 18-25 ans”, constate The Economist.
Leur point commun ? Outre leur succès, “les deux films abordent certaines des peurs et des obsessions de la Gen Z”, relève l’hebdomadaire britannique.
À en croire le quotidien américain The New York Times, “chaque génération a les films d’horreur qu’elle mérite”. Alors qu’a fait la Gen Z pour mériter ceux-là ?
“Les films d’épouvantese déroulent toujoursdans le monde dans lequelils ont été conçus etvéhiculent les angoisseset traumatismes spécifiquesà une époque et à un contexte.”
Adam Lowenstein, directeur du Centre d’études sur l’horreur de l’université de Pittsburgh, au quotidien américain The New York Times
Déjà, les personnages principaux sont tristes et seuls.
Dans Backrooms, Chiwetel Ejiofor campe un alcoolique divorcé et dépressif (Clark). Dans Obsession, on suit Bear (Michael Johnston), un homme socialement inadapté dont les sentiments pour son amie Nikki ne sont pas réciproques.
Ensuite, les deux films explorent un sentiment que la Gen Z ne connaît que trop bien : l’instabilité, et la peur de manquer sa vie…
“Les perspectives sinistreset les ambitions contrecarréessont un autre point commun.Clark est un architecte raté.Quant à Nikki, elle songeà quitter son emploipour poursuivre une carrièredans l’écriture.”
L’hebdomadaire britannique The Economist
Backrooms met en scène un architecte frustré reconverti en vendeur de meubles, qui découvre un étrange univers constitué (surtout) de pièces vides.
“Il est révélateur d’une crainte de la Gen Z : être coincé dans une réalité parallèle en mutation permanente”, complète le New York Times.
“L’idée d’un lieu à la fois isolé et illogique prend tout son sens pour cette génération d’individus qui a connu le confinement pendant ses années d’études”, analyse le quotidien américain The Wall Street Journal.
C’est peut-être cela qui explique le succès des espaces liminaux mis en scène dans Backrooms : ces espaces sont inquiétants parce qu’ils sont moins déserts que désertés, parce que la vie semble n’y être passée que pour s’évaporer.
“Vous pourriez regarderun milliard de vidéos,mais les choix réellementdisponibles sont déterminéspar quelque choseque vous ne pouvezni nommer ni désigner.Cela semble tyrannique,même si vous vous sentezlibre sur le moment.”
Aidan Walker, chercheur spécialisé dans la culture Internet, au quotidien américain The New York Times
“Purgatoire banlieusard”, dédale rétro où les contours du rêve et de la réalité se dissipent : “C’est révélateur de l’impression d’être acculé que ressentent beaucoup de gens en ce moment”, précise Kane Parsons, le réalisateur de Backrooms, au New York Times.
“Pour la majoritéde la Gen Z,le monde réel estune histoire d’horreur,avec un marchéde l’emploi hostile,une lointainegérontocratieau pouvoir etun avenir condamné.”
Le quotidien américain The New York Times
Pour finir sur une note positive, il semblerait que Backrooms cherche à traduire ce sentiment d’impuissance d’une Gen Z prise au piège des algorithmes, des écrans, du chômage, de l’IA, de l’effondrement économico-géopolitico-écologique – liste non exhaustive.
“Tu lèves les yeux de ton téléphone pour t’apercevoir que t’es incapable de décrocher un job ou d’acheter une maison. Toutes les possibilités semblent limitées”, souligne Aidan Walker dans le New York Times.
“En fait, le labyrinthe dans lequel t’es perdu, c’est ‘IRL' [la vraie vie].”
L’enfer, c’est le réel.—
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