Belfast n’a pas connu de nouveaux heurts, jeudi 11 juin dans la soirée, après deux nuits de violences et d’incidents qualifiés de « racistes » par les autorités, et qui ont éclaté après une attaque au couteau pour laquelle un réfugié soudanais a été inculpé.
Plusieurs groupes d’individus se sont rassemblés à divers endroits de la capitale nord-irlandaise dans la soirée mais se sont dispersés dans le calme, ont constaté des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP), alors que la police avait prévenu qu’elle avait renforcé ses effectifs sur le terrain.
La veille, des dizaines de manifestants masqués ont affronté la police antiémeutes jusque tard dans la nuit à Glengormley, quartier situé au nord de Belfast, lançant des projectiles et des cocktails Molotov sur les forces de l’ordre, qui ont fait usage d’un canon à eau pour les disperser. Douze policiers ont été blessés dans ce quartier et dans la ville de Portadown, au sud de Belfast, tandis que seize personnes ont été arrêtées, selon la police. Deux d’entre elles, un homme de 28 ans et une femme de 24 ans, ont été inculpées.
Des personnes « chassées en raison de leur couleur de peau »
Depuis la diffusion en ligne de la vidéo particulièrement choquante de l’attaque au couteau de lundi soir, des appels à manifester ont été relayés sur les réseaux sociaux par des figures d’extrême droite, notamment le militant Tommy Robinson – de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon – et le milliardaire américain Elon Musk, propriétaire de X.
Des violences anti-immigrés ont éclaté, mardi, au cours desquelles des personnes ont été « intimidées, chassées de chez elles par des voyous masqués en raison de leur couleur de peau », s’est insurgé le secrétaire d’Etat britannique chargé de l’Irlande du Nord, Hilary Benn. « Il n’y a pas de doute que les scènes auxquelles on a assisté ces derniers jours sont racistes », a affirmé de son côté Downing Street. Condamnant également du « pur racisme », la première ministre nord-irlandaise, Michelle O’Neill a, comme d’autres responsables politiques, dénoncé les « individus mal intentionnés qui orchestrent en ligne la haine et la peur ».
La victime de l’attaque au couteau, Stephen Ogilvie, a perdu un œil. Il est hospitalisé mais son état « s’améliore », a déclaré, jeudi après-midi, le chef du parti unioniste DUP, Gavin Robinson, qui s’est entretenu avec ses proches. Il a aussi relayé leur « appel pour un arrêt des violences ».
La vidéo de l’attaque, qui montrait l’assaillant assis sur la victime à terre en sang, lui portant des coups, a été mise en ligne environ une heure après les faits par Tommy Robinson, et rapidement reprise par de nombreux comptes anti-immigration.
Downing Street a annoncé que le gouvernement comptait renforcer l’obligation faite aux plateformes de supprimer les contenus illégaux en temps de crise.
Le suspect de l’attaque au couteau maintenu en détention
Mercredi soir, des dizaines de manifestants ont été bloqués par la police alors qu’ils tentaient de se rendre devant un hôtel qui avait hébergé des demandeurs d’asile par le passé, selon un photographe de l’AFP. Une infirmière se rendant à son travail à l’hôpital d’Ulster, à l’est de Belfast, a été « prise en chasse et intimidée », selon l’organisation gérant cet établissement, qui a condamné une « attaque raciste ». Le Belfast Islamic Center, principale mosquée d’Irlande du Nord, a dû par sécurité fermer ses portes, mardi et mercredi, pour la première fois, selon son président, Mohammed Arshed.
Le suspect de l’attaque au couteau, Hadi Alodid, un Soudanais de 30 ans, a été inculpé pour tentative de meurtre, mercredi, et a comparu devant un juge. Il a été maintenu en détention jusqu’à une prochaine comparution, le 8 juillet. Ses motivations restent floues mais la police a écarté à ce stade la piste terroriste.
Hadi Alodid avait le statut de réfugié et un titre de séjour valide jusqu’en 2028, selon le ministère de l’intérieur britannique. Il était arrivé dans cette province du Royaume-Uni en 2023 depuis la République d’Irlande, après être venu de Paris.
Le secrétaire d’Etat britannique chargé de l’Irlande du Nord, Hilary Benn, a assuré que le gouvernement agit pour « intensifier » les opérations afin d’identifier les personnes en situation irrégulière dans le territoire et « procéder à davantage d’arrestations ».