La police britannique a utilisé un canon à eau, mercredi 10 juin au soir, pour disperser des manifestants près de Belfast, théâtre pour la deuxième nuit consécutive de violences localisées, après une attaque au couteau pour laquelle un réfugié soudanais a été inculpé.
Au total, plus d’une centaine de manifestants se sont rassemblés en plusieurs points de Belfast, parfois pacifiquement. La situation a toutefois été tendue dès le début de la soirée dans une rue de Glengormley, au nord de la capitale nord-irlandaise, où une importante présence policière a été déployée, a constaté l’Agence France-Presse (AFP). Des manifestants ont lancé des projectiles, briques et bouteilles en verre, sur les forces de l’ordre et ils ont incendié au moins une poubelle, a rapporté la police. Cette dernière a fait usage d’un canon à eau pour disperser la foule.
Le centre de Belfast a, lui, été épargné par les violences, contrairement à la veille où s’étaient déroulées des émeutes anti-immigrés, déclenchées après une attaque au couteau, lundi soir.
La victime de cette agression, identifiée comme Stephen Ogilvie, a perdu un œil. Il est hospitalisé dans un état stable, a précisé mercredi soir sa famille dans un communiqué relayé par la police, se disant « dégoûtée » par les scènes de violences qui se sont déroulées la veille.
Effectifs supplémentaires
Ces émeutes anti-immigrés ont été qualifiées de « choquantes » par le premier ministre travailliste britannique, Keir Starmer. La police nord-irlandaise a annoncé la mobilisation d’effectifs supplémentaires. Des renforts venus du reste du Royaume-Uni devraient également arriver jeudi.
Ces appels à manifester avaient été relayés par des figures d’extrême droite, notamment le militant Tommy Robinson – de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon – et par le milliardaire américain Elon Musk.
Malgré les appels au calme, la tension était palpable mercredi soir à Belfast où de nombreux magasins et restaurants avaient baissé le rideau, les rues du centre-ville ayant été désertées, a observé l’AFP. Des graffitis à caractère islamophobe s’affichaient aussi sur plusieurs murs et rideaux métalliques de commerces du quartier où un bus avait été incendié la veille.
Ces violences sont intervenues après la propagation d’une vidéo de l’attaque au couteau survenue lundi, qui montrait l’assaillant, assis sur un homme à terre, en sang, lui portant des coups. Les autorités ont dénoncé le rôle des réseaux sociaux et accusé certains d’avoir attisé la colère en ligne. Le régulateur des médias Ofcom a mis en garde les plateformes, en leur rappelant leurs obligations légales. La police a aussi prévenu que la diffusion sur les réseaux sociaux d’adresses de ressortissants étrangers pourrait « constituer une infraction pénale ».
« Racisme »
La ministre de la justice nord-irlandaise, Naomi Long, a accusé ceux qui, sur les réseaux sociaux, « ont instrumentalisé la peur légitime que les gens ressentent face aux événements », dénonçant le « racisme » derrière les violences.
Le suspect de l’attaque, Hadi Alodid, un Soudanais âgé de 30 ans, a comparu mercredi matin devant un juge à Belfast. Inculpé notamment de tentative de meurtre, il a refusé la présence d’un avocat et était accompagné d’un interprète arabophone. A l’issue de l’audience, il a été maintenu en détention jusqu’à une prochaine comparution, prévue le 8 juillet. Ses motivations restent floues mais la police a écarté à ce stade la piste terroriste. Arrivé en 2023 en Irlande du Nord, Hadi Alodid avait le statut de réfugié, avec un titre de séjour valide jusqu’en 2028, selon le ministère de l’intérieur. Il était arrivé au Royaume-Uni depuis la République d’Irlande, après être venu de Paris.
Des personnalités des partis d’extrême droite Reform UK de Nigel Farage, ou de Restore Britain, dirigé par Rupert Lowe, ont mis en cause les politiques migratoires du gouvernement travailliste et de ses prédécesseurs conservateurs.
De violentes manifestations anti-immigrés avaient secoué l’Irlande du Nord, notamment en juin 2025 et à l’été 2024, ainsi que d’autres territoires du Royaume-Uni.
Trois hommes ont été inculpés à la suite de violences, mardi soir, à Glasgow en Ecosse, au cours desquelles des gens ont été « attaqués à cause de la couleur de leur peau » selon la police et des fidèles ont dû être enfermés dans une mosquée par mesure de sécurité. Southampton (sud de l’Angleterre) avait été le théâtre il y a une semaine d’une manifestation émaillée de violences, pour dénoncer la gestion par la police locale du meurtre, en décembre 2025, d’un étudiant blanc, Henry Nowak, par un jeune homme sikh.