Révélé par le quotidien de gauche Birgün, le scandale amuse et choque l’opposition. Samedi 25 juillet, Kemal Kiliçdaroglu – ancien candidat malheureux face au président islamo-nationaliste Recep Tayyip Erdogan, et à qui la justice a confié en mai, sur ordre du pouvoir, les rênes du principal parti d’opposition, le CHP – avait décidé d’organiser à Istanbul une cérémonie d’accueil pour les nouveaux adhérents. L’événement se voulait une réponse à l’annonce de la création, par les frondeurs du CHP, largement majoritaires, d’un nouveau parti, le Yeni Parti, qui devrait emporter avec lui l’écrasante majorité des voix et des élus du parti kémaliste.

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Face aux accusations de collaboration avec le pouvoir, qui tente d’en faire un parti d’opposition contrôlée, sur le modèle de ce que pratique en Russie Vladimir Poutine, Kemal Kiliçdaroglu voulait illustrer un engouement pour son retour aux affaires.

Une journaliste parmi les figurants

Seulement, une partie des soi-disant nouveaux militants présents ce jour-là étaient en fait des figurants. Prévenue par une source que plusieurs agences de casting d’Istanbul cherchaient à recruter des participants pour un événement politique, la journaliste Ebru Çelik s’est glissée parmi eux. Moyennant la maigre somme de 950 livres turques (18 euros), la reporter s’est rendue sur les lieux du meeting pour quelques heures de participation pendant lesquelles il était interdit de se rendre aux toilettes ou de sortir de la salle des congrès pour prendre l’air.

Une fois sur place, il a été demandé à la petite centaine de figurants, convoyés à l’aide d’une vingtaine de bus, d’applaudir et de scander des slogans. Principalement composée de retraités, de chômeurs mais aussi de migrants ouzbeks, égyptiens et iraniens, la foule des participants rémunérés comptait même des opposants à la nouvelle direction du CHP. “Moi, je suis pour Ekrem Imamoglu [le maire d’Istanbul et bête noire d’Erdogan, emprisonné depuis mars 2025], je prends mon argent et je m’en vais”, a ainsi confié un des figurants.