Télé-réalité. “Love Island”, une analyse passionnante de l’âme humaine
C’est un mélange de séduction et de mensonge, d’amour et de manipulation.
“Si la télé-réalité compte parmi les programmes les plus regardés dans le monde, c’est aussi l’un des plus méprisés. Elle traîne une réputation tenace de programme vulgaire, futile ou très dangereux pour les neurones”, regrette Dazed.
Pourtant, “ce n’est pas un hasard si les gens les plus intelligents que je connaisse regardent des émissions de télé-réalité”, affirme une journaliste de Vogue, alors que la saison 13 de Love Island UK s’achève ce lundi 27 juillet.
Pour Danielle J. Lindemann, professeure de sociologie à l’université Lehigh et autrice de True Story. What Reality TV Says About Us (“Histoires vraies. Ce que la télé-réalité dit de nous”, inédit en français), la raison pour laquelle nous aimons la télé-réalité est assez simple.
“En observant ce microcosme à la loupe, nous pouvons mieux comprendre qui nous sommes.” En bref : regarder Love Island, c’est faire de l’anthropologie.
Car “presque tout ce qui se joue dans le monde réel trouve son écho dans la télé-réalité : des interactions du quotidien au travail ou en famille jusqu’aux constructions sociales (origine ethnique, classe, genre, sexualité) qui régissent nos existences”, confirme Danielle Lindemann.
“Sur Internet, les spectateurs décortiquent le moindre épisode, analysent les publications des candidats sur les réseaux sociaux, reconstituent les chronologies, comparent les versions, débattent des motivations des participants et vont parfois jusqu’à leur découvrir des convictions politiques.”
Le magazine britannique Dazed
“Pour ceux qui s’intéressent de près à la nature humaine, la télé-réalité est une véritable mine d’or”, renchérit Vogue.
Too much ? Pas vraiment.
“La fiction vous montre le monde tel que les scénaristes l’imaginent. La télé-réalité vous montre comment il est vraiment.”
Kate Casey, animatrice du podcast Reality Life, au magazine britannique Dazed
Plus encore, pour Bethany Klein, professeure en communication à l’université de Leeds, la télé-réalité propose sa propre vision de la démocratie : “un espace où des individus d’horizons divers doivent composer avec leurs vécus et leurs visions du monde respectifs pour vivre, travailler ou passer du temps ensemble”.
“Les hiérarchies sociales se font et se défont. La négociation, la manipulation, la séduction et l’autodestruction sont expérimentées en direct. Si vous êtes avocat, psychologue ou manager, il n’y a pas de meilleure étude de cas.”
Kate Casey, animatrice du podcast Reality Life, au magazine britannique Dazed
Selon Vogue, le mépris affiché à l’égard de la télé-réalité est étroitement lié au fait qu’il s’agit d’un format surtout consommé par des femmes et des homosexuels (qui sont d’ailleurs aussi souvent les principaux acteurs de ces programmes).
“Or les centres d’intérêt féminins ont longtemps été jugés futiles – notamment lorsqu’ils consistent à exprimer des émotions, parler de ce qu’on ressent ou encore s’affirmer et faire jouer son influence, soit en dehors de toute relation avec les hommes hétérosexuels, soit en s’y opposant frontalement.”
Pourtant, “sans une émission comme Les Real Housewives, je ne pourrais pas voir la vie des femmes d’une cinquantaine d’années, avec leurs peurs, leurs espoirs et leurs frustrations, se déployer à l’écran avec tant de détails et de liberté”, argue la journaliste Daisy Jones dans les colonnes de Vogue.
“On peut, par exemple, rentrer dans l’intimité de Lisa Barlow, 51 ans, vedette des Real Housewives of Salt Lake City, et la voir pleurer, la nuit, sur le ponton d’un yacht, face à une mer d’un bleu magnifique, avec les poissons qui viennent nager à ses pieds.”
Daisy Jones dans l’édition britannique du magazine Vogue
“Et donc peut-être que les gens intelligents regardent la télé-réalité, non pas parce qu’ils veulent ne penser à rien, mais parce qu’elle permet l’une des analyses les plus passionnantes de l’âme humaine”, avance Dazed.
Car c’est un mélange de séduction et de mensonge, d’amour et de manipulation. Au fond, c’est la comédie humaine.—
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