Trois syllabes hantent mon quotidien. Mon train a encore du retard ; au restaurant, mon plat arrive beaucoup trop salé ; et juste avant 18 heures, ma cheffe me colle un nouvel article – qu’importe, tout va bien. Ton amoureux t’a brisé le cœur, tu sanglotes si fort dans le bus que ton voisin te demande s’il peut t’aider et que réponds-tu ? “Tout va bien.” Cette tournure infernale se retrouve décidément dans toutes les bouches.
Le pire, c’est quand on me demande comment je vais. Mon loyer m’angoisse, je ne suis pas sûre que mes amitiés vont tenir, j’ai l’impression de délaisser mes grands-parents. J’ai peur pour mon avenir professionnel et pour mon club de cœur, menacé par la relégation. Voilà un mois que je n’arrive pas à me débarrasser de cette drôle de toux, j’ai remangé de la viande hier alors que je m’étais promis d’arrêter. Je brûle d’adopter un chien mais mon rythme de vie ne le permet pas, et je n’ose même pas penser à avoir des enfants. Pourtant, qu’est-ce que je finis toujours par répondre ? Que tout va bien.
Alors, bien sûr, des nuances existent : je peux monter dans les aigus avant de lâcher un petit rire. Ou alors je laisse traîner le “bien” pour en faire un roucoulement apaisant, comme pour calmer les enfants surexcités. Sinon, je le dis vite, avec détachement, comme
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Virée en Barbagia, dans “le Far West de la Sardaigne”
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