Qui pour fêter le 5 juin la Journée mondiale de l’environnement ? Les Nations unies appelaient cette année à “l’action pour le climat” en évoquant le “seuil sur le point d’être dépassé” de 1,5 °C, cette limite à la hausse des températures fixée par l’accord de Paris en 2015. Dans un monde secoué par les conflits et leurs fâcheuses conséquences, la crise climatique passe au second plan. Faut-il enterrer le rêve d’une prise en charge collective du réchauffement ? En forme de réponse, ce même 5 juin est paru le “Rapport sur la justice mondiale”, du Laboratoire sur les inégalités mondiales (World Inequality Lab, WIL) créé par l’économiste français Thomas Piketty. Esquissant un futur ambitieux, juste et durable dans les limites planétaires, il préconise “une transformation radicale du système financier mondial”, résume El Confidencial. Son scénario pour 2100 propose un “modèle économique fondé sur la ‘sobriété’ et la justice sociale”, poursuit le média madrilène.
“Cette suffisance, ou sobriété, passe par une diminution de l’empreinte matérielle de nos économies en réorientant l’activité vers des secteurs peu consommateurs de ressources, comme l’éducation ou la santé”, explique la RTBF. Ce “grand plan utopique assumé par les [200] chercheurs”, poursuit la chroniqueuse économique du média belge, imagine “un monde où le revenu moyen convergerait vers environ 5 000 euros brut par mois dans tous les pays – il varie aujourd’hui entre 290 euros en Afrique subsaharienne et 4 590 euros en Amérique du Nord”.
La redistribution des richesses serait permise grâce à un fonds pour la justice mondiale, abondé par une taxe sur les milliardaires de 20 % et un impôt sur le revenu porté à 90 % pour la tranche supérieure des contribuables. La croissance des pays riches serait limitée à 0,5 % maximum par an, et le nombre d’heures travaillées par an baisserait de 2 000 aujourd’hui à 1 000 d’ici la fin du siècle.
Dans Le Devoir, l’économiste et coauteur Lucas Chancel dit vouloir “contester ‘le monopole de la représentation du futur’ présentée par ‘un certain discours technoautoritaire’”. Nombreux seront les contradicteurs qui jugeront impossible d’appliquer un tel plan. Mais “dans notre monde de plus en plus dystopique, qui pourrait refuser d’envisager un antidote utopique ?” interroge The Guardian.
Le rapport du WIL ne cache pas sa couleur politique. C’est une “initiative de la gauche éco-socialiste moderne dans la bataille mondiale des idées pour façonner l’avenir”, poursuit le journaliste environnement du quotidien britannique. C’est aussi un “exercice d’idéalisme humain et d’imagination, deux qualités de plus en plus malmenées par les algorithmes des réseaux sociaux, l’intelligence artificielle et le cynisme mercantile des politiciens d’extrême droite et des dirigeants d’entreprise”, s’enflamme-t-il.
Pour déjouer la controverse, Cornelia Mohren, chercheuse au WIL, insiste : “Sobriété ne veut pas dire décroissance.” Il s’agit d’envisager une autre façon de travailler (moins) et de consommer (mieux). Utopie ou pas, l’“habitabilité planétaire” est une alternative bienvenue au technosolutionnisme climaticide de ceux qui veulent coloniser Mars ou extraire toujours plus de ressources.
Le “Rapport sur la justice mondiale” sera-t-il le Petit Livre rouge de la transition verte ? Deniz Agbaba, la directrice de Greenpeace Belgique, avance dans le quotidien belge Le Soir que “le climat et le social sont une seule et même lutte”. Elle ajoute : “Il n’y aura pas de transition durable sans transformation de notre système économique.”
Annick Rivoire
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Les banques toujours plus fossiles
“Une analyse des activités des 65 plus grandes banques mondiales” en 2025 révèle une augmentation de près de 8 % en un an de “leurs financements dans le secteur des énergies fossiles”, constate El País, ce qui représente 64 milliards de dollars (55 milliards d’euros) supplémentaires consacrés à des investissements incompatibles avec la lutte contre le changement climatique. Le journal espagnol s’appuie sur la nouvelle édition du rapport “Banking on Climate Chaos”, publié par une coalition d’ONG. Pour en savoir plus, c’est ici.
L’incroyable résurrection des mangroves
Quarante ans d’observations par satellite ont permis de constater que les mangroves, qui enregistraient jusqu’en 2010 une perte nette de leur superficie, connaissent une résurrection attribuable à une moindre dégradation et à une expansion naturelle. Ces résultats ont fait la une de Science. “Des décennies d’efforts de restauration ont aidé les forêts dégradées, mais le plus grand changement est venu de la capacité des mangroves à se régénérer dès lors que la déforestation a cessé”, relève la BBC. Pour en savoir plus, c’est ici.
Canicule dans les usines de confection en Inde
D’après un rapport d’un centre de recherche américain, les températures extrêmes affectent le secteur indien de la confection, lequel emploie 45 millions de personnes et pèse 39 milliards de dollars (34 milliards d’euros). “Uniqlo, Marks & Spencer et Tesco [ou encore Levi’s et Jack & Jones] subissent des baisses de productivité qui peuvent atteindre 10 %” pendant les périodes de canicule, rapporte Bloomberg. Pour en savoir plus, c’est ici.
À relire
Vous venez de lire l’édition no 146 de Climatiques.
Patrick Bruel, Belfast, Sagrada Familia, Bill Gates et Coupe du monde : les informations de la nuit
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