Précisons-le d’emblée : tout ce qui est naturel n’est pas forcément recommandable. Prenez le cannibalisme. Ce n’est pas parce qu’il est largement pratiqué dans le règne animal qu’il convient de s’y astreindre. C’est dit ! Mais, avant de nous embarquer dans cette série estivale consacrée à un comportement souvent décrié, quelques précisions et définitions s’imposent.
Concernant les humains qui mangent un conspécifique, devons-nous parler de cannibalisme ou d’anthropophagie ? Les sciences humaines se sont fait une spécialité de ce type de débat. Nous nous rendrons au jugement des anthropologues Célimène Mussini, Bruno Boulestin et Bruno Maureille, pour qui « il est sage, notamment en archéologie, de retenir la stricte équivalence entre anthropophagie et cannibalisme humain, l’un comme l’autre pouvant se décliner en actes d’exception (déviance ou famine) et en pratiques institutionnalisées ».
Etymologiquement, « anthropophage » vient du grec, avec le sens de « qui mange de la chair humaine », un terme dont la première occurrence se trouve chez Aristote, dans son Histoire des animaux. Mais Hérodote avait parlé avant lui des « androphages ». La dénomination « cannibale » est bien plus récente : elle dérive de l’arawak caniba, altération de cariba, nom dont s’affublaient eux-mêmes les Indiens caribs des Petites Antilles. Signifiant « hardi » dans leur langue, il évoquait tout autre chose pour les Arawaks de Cuba, qui avaient fait les frais de leur goût pour la chair humaine. Christophe Colomb forgera le terme « cannibale » et, à sa suite, cette dénomination infamante justifiera pour les Européens la mise en esclavage des peuples du Nouveau Monde, que ce comportement ait été avéré ou non.
Il vous reste 80.54% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !