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Comment la privatisation de la gestion des visas a profité à la société VFS Global, entre « services optionnels facturés » et soupçons de corruption

Pour désengorger les consulats, les démarches pour les visas ont été partiellement déléguées à quelques multinationales, dont le leader VFS Global. Une enquête internationale, à laquelle « Le Monde » a participé, montre que ce marché est devenu une zone grise hautement lucrative, au d?

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Comment la privatisation de la gestion des visas a profité à la société VFS Global, entre « services optionnels facturés » et soupçons de corruption

Par Jérémie Baruch, Ruben Nyanguila (« Lighthouse Reports ») et Tomas Statius (« Lighthouse Reports »)
Publié aujourd’hui à 17h30

Temps de Lecture 6 min.

Depuis plus de dix ans, Joséphine (son prénom a été changé) s’occupe des démarches nécessaires pour obtenir un visa français pour sa mère, de nationalité sénégalaise. Elle sait bien que cette procédure relève du parcours du combattant. Au Sénégal, depuis 2014, les demandeurs ne se rendent même plus au consulat, mais dans les bureaux de VFS Global, une multinationale chargée par les autorités françaises de réceptionner et de transmettre les demandes de visa. Y obtenir un rendez-vous est une véritable gageure et pour espérer en obtenir un, affirme la jeune femme, il faut souvent sortir le portefeuille. « C’était plus simple quand c’était le consulat qui gérait ça, c’était réglementé. Là, c’est celui qui paye le plus qui part », souffle Joséphine par téléphone.

Depuis plus de vingt ans, la France – comme de nombreux autres pays – a choisi, dans un contexte budgétaire contraint, de sous-traiter la gestion des dossiers de visa et l’accueil des demandeurs. La société VFS, basée aux Emirats arabes unis et en Suisse, s’est taillé la part du lion de ce nouveau marché. Elle revendique des « pratiques éthiques et le développement durable » pour servir 71 gouvernements sous contrat.

Une investigation menée par l’organisation à but non lucratif Lighthouse Reports, en collaboration avec 14 partenaires dont Le Monde, explore des recoins moins reluisants de cette industrie. Notre enquête montre comment VFS a profité de l’externalisation d’une fonction essentielle de l’Etat, en transformant des familles, des étudiants, des travailleurs ou de simples voyageurs en un marché captif et financièrement exploitable. Appuyée sur de nombreux rapports et documents obtenus auprès des autorités européennes dans le cadre du droit d’accès aux documents administratifs, ainsi que des dizaines d’entretiens et témoignages, elle souligne également d’importantes défaillances structurelles ainsi que l’existence de pratiques corruptives au sein du groupe.

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