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Crise de Ceuta : les ministres de l’intérieur européens sont convenus que l’espace Schengen « n’était pas le problème, mais plutôt la solution », selon Laurent Nuñez

Les ministres de l’intérieur des 27 pays membres de l’Union européenne ont échangé pendant trois heures, lors d’une réunion extraordinaire, pour tirer les leçons de l’épisode migratoire de Ceuta et des vives tensions qu’il a suscitées.

Crise de Ceuta : les ministres de l’intérieur européens sont convenus que l’espace Schengen « n’était pas le problème, mais plutôt la solution », selon Laurent Nuñez
HaitiCreoleRadio.com

Les ministres de l’intérieur des 27 pays de l’UE ont tenu, mardi 4 août, une réunion d’urgence par visioconférence, quelques jours après l’arrivée en force de dizaines de milliers de personnes dans l’enclave espagnole de Ceuta en Afrique du Nord.

Durant cet appel, qui a duré plus de trois heures, les Etats membres « ont unanimement exprimé leur profonde solidarité envers l’Espagne », selon un premier compte-rendu de la réunion. Ils ont toutefois souligné que la communication en période de crise « pourrait être améliorée » et « qu’elle devait être plus cohérente ». Une façon feutrée, en langage diplomatique, de souligner que la coordination européenne sur ce dossier a été loin d’être optimale.

Cet épisode « nous a mis à l’épreuve : d’une part en matière de rapidité d’action, d’autre part en matière de solidarité, mais aussi dans notre capacité à résister à la désinformation », a déclaré le commissaire européen chargé des questions migratoires, Magnus Brunner, lors d’une conférence de presse à Bruxelles.

« Tous et toutes ont convenu que la question de l’espace Schengen n’était pas vraiment le problème, mais plutôt la solution », a affirmé à la presse, de son côté, Laurent Nuñez. Le ministre de l’intérieur français a par ailleurs regretté les « dissensions » apparues au sein de l’UE après cette crise, « puisqu’un certain nombre de pays qui pratiquent l’ingérence étrangère (…) savent utiliser les positions divergentes des uns et des autres pour finalement attaquer l’Union européenne ».

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Le Danemark, qui avait agité une possible suspension de la coopération Schengen avec l’Espagne, s’est félicité de la réponse de Madrid à l’entrée illégale de milliers de migrants à Ceuta. « Je suis très satisfait que l’Espagne ait réagi rapidement, notamment en déployant la police et l’armée, et que de nombreux migrants soient déjà retournés au Maroc », a dit le ministre de l’immigration et de l’intégration danois, Morten Bodskov. « Mais ces événements montrent qu’il est absolument essentiel que nous gardions le contrôle des frontières de l’Union européenne », a-t-il ajouté.

« En aucun cas l’espace Schengen n’a été compromis dans cette crise », a défendu le ministre de l’intérieur espagnol, Fernando Grande-Marlaska, lors d’un point-presse à Madrid. « L’espace Schengen n’a jamais été en danger, pas même en danger minimal », a-t-il encore affirmé. Selon le ministre de l’intérieur espagnol, 72 000 personnes sont entrées illégalement à Ceuta entre jeudi et vendredi derniers, et 70 000 d’entre elles sont déjà retournées au Maroc.

Des lettres de tous les côtés

Depuis la diffusion d’images de ces migrants franchissant la frontière hispano-marocaine à pied ou à la nage, deux camps s’opposent. D’un côté l’Espagne, de l’autre les Etats de l’UE partisans d’une ligne migratoire très ferme, comme l’Italie ou le Danemark.

Dès les premières photos et vidéos de migrants gagnant Ceuta par tous les moyens – des images qui ont fait le tour du monde – ces pays sont montés au créneau, déplorant qu’une « immigration incontrôlée » constitue « une menace pour l’Europe ». Ils ont dans la foulée exigé d’exclure l’Espagne de l’espace Schengen, la zone de libre circulation en Europe.

Une demande politiquement explosive, juridiquement impossible au regard du droit européen, et qui a suscité l’ire de Madrid, d’autant que la ville autonome de Ceuta n’appartient pas, par dérogation, à cet espace.

Le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, dont le gouvernement défend une approche ouverte en matière migratoire, a répliqué par une lettre adressée aux chefs des institutions européennes. Dans cette missive, M. Sanchez a vertement critiqué l’attitude « égoïste » de ces pays de l’UE, et a réclamé cette réunion d’urgence à 27.

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Quelques heures plus tard, contre-missive de 22 pays, emmenés par l’Italie, le Danemark, l’Allemagne ou la Hongrie, appelant eux aussi à une visioconférence d’urgence, mais avec un objectif bien différent : continuer à défendre leur ligne de fermeté sur l’immigration.

La France ne s’est pas associée à cette initiative, estimant qu’elle revenait à instrumentaliser la situation dans l’exclave espagnole, tout en soulignant que l’immense majorité des migrants ayant franchi la frontière avaient déjà été reconduits au Maroc.

« Frustration »

Lors d’une réunion entre ambassadeurs lundi, l’Espagne avait, selon une source diplomatique, déjà « exprimé sa frustration sur le manque de solidarité » venant de certains pays de l’UE. Plusieurs Etats membres s’étaient interrogés en retour sur le signal envoyé par Madrid, jugeant que certaines décisions récentes, à commencer par son vaste programme de régularisation des sans-papiers, avaient pu donner l’impression que « les portes étaient ouvertes ».

A rebours de l’Espagne, Bruxelles a déjà nettement durci ses règles en matière d’immigration, autorisant notamment ses Etats membres à envoyer des déboutés d’asile dans des centres en dehors des frontières de l’UE, appelés « hubs de retour ».

Une idée que certains Etats membres soutiennent fermement, avec pour projet de nouer de premiers accords d’ici la fin de l’année. Parmi les pays envisagés : le Rwanda, l’Ouganda, le Ghana ou encore l’Ouzbékistan.

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Le Monde avec AFP

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