Dans les rues de La Havane, l’air est lourd. Il flotte des odeurs de poubelle brûlée et une tension inéluctable. Ce n’est pas seulement la chaleur étouffante de ce mois de mai : il y a ce sentiment partagé, presque palpable, que quelque chose d’énorme, d’imprévisible, d’irréversible peut-être, va se produire. “C’est un peu la même ambiance que les jours d’avant le 11 juillet [2021, quand de grandes manifestations contre le régime ont secoué l’île], mais avec plus de colère, et plus de peur aussi”, résume en baissant la voix Marta Elena Quintana, 52 ans, employée dans une cafétéria du quartier Buena Vista, à Playa [l’une des municipalités de la capitale cubaine].
“Les gens ont faim, il n’y a pas d’électricité, pas d’essence. Qu’allons-nous devenir quand tout va exploser ?”
Voilà plusieurs mois maintenant que la crise énergétique intermittente a cédé la place à l’effondrement. Le pétrole vénézuélien s’est totalement tari. Les envois mexicains et russes, de plus en plus sporadiques, se sont arrêtés aussi, hormis un dernier tanker russe arrivé il y a un peu plus d’un mois. Faute de réserves stratégiques, le réseau électrique cubain est entré en catatonie. Les pannes d’électricité durent maintenant souvent dix-huit, vingt voire vingt-deux heures dans la capitale et sur une grande par
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