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D’un processus électoral à l’autre, la saga continue ! (45)

D’un processus électoral à l’autre, la saga continue ! (45) Haiti Liberte Dans ce débat sur la réforme de la Constitution, plusieurs organisations et acteurs politiques ont marqué leur opposition ou plutôt posé la question de légitimité du pouvoir en place à s’attaquer à ce chantier

D’un processus électoral à l’autre, la saga continue ! (45)
HaitiCreoleRadio.com
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a rencontré, le mardi 21 avril 2026, Kristi Noem, envoyée spéciale pour le « Bouclier des Amériques » (Shield of the Americas).

Dans ce débat sur la réforme de la Constitution, plusieurs organisations et acteurs politiques ont marqué leur opposition ou plutôt posé la question de légitimité du pouvoir en place à s’attaquer à ce chantier d’intérêt national qu’est un amendement constitutionnel. Plus que des prises de position, certains ont défini le cadre dans lequel cette réforme constitutionnelle pourrait avoir lieu. Pris sans doute dans le brouhaha et la confusion du Pacte national ou trop proches du gouvernement pour certains, les médias ont fait peu de cas de certains partis politiques qui ont manifesté leur refus de soutenir ou de suivre le Premier ministre et ses alliés dans ce sentier étroit et dangereux sur la modification de la Constitution de 1987 alors que son statut ne le lui permet point. Beaucoup se posent cette question : un gouvernement intérimaire peut-il s’attaquer à un tel chantier ?

En tout cas, c’est la position du Mouvement haïtien de sauvetage national (MOHSANA) en lançant une ferme mise en garde au Premier ministre/Président Alix Didier Fils-Aimé dans son projet assez flou, voire semi-secret qu’est la réforme constitutionnelle avant ou pendant le premier tour des élections générales programmées pour cette année 2026. Dans une note destinée à la presse et à l’intention de la population, les dirigeants de cette structure politique, certes peu connue du grand public, néanmoins assez lucide sur le sujet, expliquent pourquoi il n’est pas raisonnable au pouvoir de Transition en place de prendre cette décision qui, de toute évidence, revient à un pouvoir légitime, constitutionnel et issu du suffrage universel. Pour l’édification des lecteurs, nous publions cette note dont nous estimons que la teneur explique bien ce que pensent beaucoup, voire une majorité d’Haïtiens. « Le refus systématique d’appliquer la Constitution, à travers des pratiques de déstabilisation répétées, a contribué à une profonde confusion institutionnelle. Face aux débats sur une éventuelle réforme constitutionnelle, le MOHSANA appelle à une réflexion approfondie. 

S’agit-il d’un problème lié aux normes constitutionnelles ou plutôt d’un déficit de gouvernance, de volonté politique et d’éthique publique dans un contexte d’atteintes persistantes à la souveraineté nationale ?  La Constitution de 1987 n’est pas inapplicable. Les difficultés observées relèvent davantage d’un choix politique implicite de non-application, matérialisé par le contournement des institutions, le recours à des régimes d’exception et l’absence de lois d’application essentielles. Le MOHSANA estime ainsi que toute réforme constitutionnelle doit être précédée d’une clarification du projet de société qu’elle entend traduire. Engager un tel processus sans consensus national ni débat inclusif serait socialement coûteux et politiquement risqué. Le MOHSANA met également en garde contre toute initiative portée par le gouvernement de transition actuel, dépourvu de mandat populaire et de légitimité formelle pour conduire une telle réforme. La Constitution de 1987 est perfectible, le MOHSANA considère qu’elle contient déjà les dispositions nécessaires à la stabilisation du pays, à condition d’être appliquée pleinement et loyalement. 

Le MOHSANA plaide donc pour un renforcement des institutions, une amélioration de la gouvernance et une mise en œuvre effective du cadre constitutionnel existant. Le MOHSANA insiste sur des conditions préalables à toute réforme constitutionnelle. Appelle au retour à l’ordre constitutionnel, au fonctionnement normal des institutions publiques et à la tenue d’élections libres, crédibles et inclusives. Ces élections doivent permettre l’émergence d’autorités dotées d’un mandat populaire clair, dans un environnement sécuritaire garantissant la participation sans contrainte des citoyens. Le MOHSANA appelle à l’organisation d’un débat national transparent, inclusif et souverain, impliquant les différentes forces vives du pays, afin de favoriser une véritable appropriation populaire du processus » note de presse en date du 10 avril 2026 du Mouvement haïtien de sauvetage national (MOHSANA).

D’autres prises de position ont été enregistrées au cours de cette semaine. Cette fois, elles viennent de l’organisation dirigée par Jean-Robert Argant, le Collectif 4 décembre, qui lançait à son tour une mise en garde face au nombre impressionnant de partis politiques, – pour rappel, ils sont 320 -, ayant coché, selon le CEP, les bonnes cases. C’est un courrier daté du 12 avril 2026 destiné au Conseil Électoral Provisoire et rendu public par les dirigeants de cet organisme de la Société civile qui a sonné l’alarme après la publication de la liste des formations politiques retenues et le report de l’enregistrement des électeurs et des postulants à différents niveaux. Le Coordonnateur général du Collectif 4 décembre se disait préoccupé par cette avalanche de partis politiques et aussi par le report des inscriptions. Mais, les autres dirigeants du Collectif vont encore plus loin dans leur explication dans un entretien accordé au journal de Pétion-Ville, Le National, pour son édition du 15 avril 2026. Dans cette interview, ils avancent certaines pistes et font quelques recommandations au CEP afin de réussir le processus qui devient de plus en plus cafouilleux suite à la décision du gouvernement de modifier le décret électoral de décembre 2025 en obéissant à la recommandation des signataires du Pacte national. « Les raisons mises en avant par le Conseil électoral provisoire pour expliquer le report des opérations d’inscription ne sont que des excuses. Le Collectif 4 décembre est particulièrement préoccupé par l’annonce de la participation de plus de 280 partis politiques. Une telle prolifération risque d’entraîner une surcharge des bulletins de vote, une illisibilité de l’offre politique et une dispersion des suffrages, compromettant ainsi la légitimité des futurs élus. Aucune démocratie ne peut se consolider dans un tel contexte de fragmentation. Face à ces enjeux, le Collectif 4 décembre recommande d’encourager les partis politiques à se regrouper en un maximum de sept coalitions ou plateformes afin de garantir une meilleure représentativité. Le Collectif 4 décembre suggère l’instauration de critères plus rigoureux pour les candidatures à la haute magistrature, ainsi qu’une régulation plus stricte de l’accès aux ressources publiques destinées au financement des campagnes électorales » rapporté par le quotidien Le National.

Professeur Sauveur Pierre Etienne dirigeant du Mouvement haïtien de sauvetage national (MOHSANA).

Le vendredi 17 avril 2026, les dirigeants du CEP pensaient consolider davantage l’institution en nommant un nouveau Directeur exécutif. C’est une vieille connaissance qu’ils ont été chercher pour remplacer à ce poste Philippe Augustin qui a fait un bout de chemin avec eux.  Jugé peut-être pas assez fiable, celui-ci a été limogé pour être remplacé par Uder Antoine qui avait déjà occupé cette fonction dans le passé. En effet, c’est ce dernier qui a mené tambour battant les élections générales de 2016 sous Jocelerme Privert alors Président provisoire de la République. Ce 17 avril, une note annonçait en fanfare que : « Le Conseil électoral porte à la connaissance de l’ensemble du personnel de l’Institution en général, des Directeurs et Directrices techniques en particulier, que Monsieur Uder Antoine a été nommé Directeur exécutif du Conseil électoral provisoire. Le Conseil compte sur la collaboration des cadres et de l’ensemble du personnel pour accompagner le nouveau Directeur exécutif dans sa mission afin de garantir la bonne marche de l’institution. »

Pratiquement tous les acteurs ont pris acte de ce choix que certains qualifient même d’un pas positif pour la réussite des futurs scrutins. Trois jours après, soit le 20 avril, celui qui avait démissionné le 15 mars 2019 de la Direction exécutive de l’institution pour se mettre en réserve de la République a été installé à nouveau à la Direction du CEP. Au moment de son installation au siège du CEP à Pétion-Ville en présence du personnel de l’institution, notamment de son Président Jacques Desrosiers et de son prédécesseur Philippe Augustin, le nouveau Directeur ne cachait pas son ambition sur la manière dont il entendait diriger cet organisme qu’il connait bien. Dans son discours de circonstance, Uder Antoine disait qu’il serait un Directeur exécutif à l’écoute de tous mais exigeant alors que toutes ses actions tourneraient vers la réussite et les résultats. « J’assume cette responsabilité avec humilité, un profond sens de l’État et du devoir, et une détermination sans équivoque. 

Conscient de revenir à ce poste dans un contexte socio-politique, sécuritaire et environnemental sans précédent, je mesure pleinement la responsabilité qui m’incombe, mais aussi l’espoir que représente ce moment pour notre pays. J’entends agir avec rigueur, intégrité et engagement moral au service de la nation. La consolidation de la gouvernance au sein de l’institution électorale constitue la priorité stratégique de mon action. J’entends faire du CEP une institution qui inspire confiance, qui rassure et qui agit avec autorité et équité » disait-il. Nommé par un arrêté ministériel le 15 avril 2026 à la demande du Président du CEP, celui-ci a salué l’arrivée de ce franc connaisseur de l’institution en lui souhaitant la bienvenue et en lui demandant d’apporter un nouveau souffle au Conseil. « Le Conseil attend de vous que vous conduisiez le processus à terme » avançait Jacques Desrosiers. Tandis que Philippe Augustin, la victime expiatoire, l’air défait, reconnaissait : « Laisser une œuvre inachevée, un chantier structuré mais souvent contrarié. Des bases ont été posées, et beaucoup reste à faire. 

Je pars sans détour mais sans amertume inutile. » Des discours qui ne tranchent pas tout à fait avec la réalité en interne puisque, quelques semaines plus tard, cette nomination va tourner au pugilat pour les membres du Conseil Électoral Provisoire. En effet, l’arrivée de Uder Antoine en tant que Directeur exécutif va se révéler être un piège, voire un choix à contre-courant pour les dirigeants du CEP, dans la mesure où Uder Antoine, en dépit de sa grande qualité et ses compétences en matière électorale, allait être considéré par certains comme un pion du pouvoir de Transition au sein de l’institution électorale dans la mesure où il était devenu une source de conflit entre le Président du CEP et le Premier ministre. Ce qu’on verra plus loin. Le dimanche 19 avril 2026, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé part pour une semaine aux Etats-Unis. Première étape à Washington où il a rencontré dès le lundi 20 une pléiade de politiciens et des responsables d’institutions financières internationales, entre autres, le Fonds Monétaire International (FMI) et les décideurs étrangers de la politique haïtienne pour faire le point sur l’avancement du processus électoral.

Le lendemain, sur son compte X, le Secrétaire général de l’Organisation des États Américains (OEA), Albert Ramdin, après sa rencontre avec le dirigeant haïtien, publiait un résumé de sa rencontre avec le locataire de la Primature. Suite à cette entrevue, on apprenait que : « Le Secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin, a discuté du déploiement de la force de répression des gangs, des élections et de l’accompagnement de l’organisation lors d’une conversation intéressante avec le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, à Washington le mardi 21 avril 2026. La conversation intéressante et encourageante d’aujourd’hui avec le Premier ministre de la République d’Haïti, Didier Fils-Aimé, confirme la nécessité du déploiement rapide de la FRG afin d’améliorer substantiellement la sûreté et la sécurité en Haïti et de faciliter la tenue en temps voulu d’élections générales. Dans ces deux domaines, l’Organisation des États américains accompagne le peuple et le gouvernement haïtiens. Nous appelons la Communauté internationale à poursuivre et à intensifier son soutien à Haïti. »

Ce mardi 21 a été chargé pour le chef du gouvernement intérimaire haïtien à Washington. Puisque, avant même la publication du compte rendu de la rencontre du responsable de l’OEA à Port-au-Prince, la Primature, dans un long communiqué, annonçait que Alix Didier Fils-Aimé avait rencontré l’envoyée spéciale pour le « Bouclier des Amériques », madame Kristi Noem, dans la capitale américaine. Rappelons que ce fameux « Bouclier des Amériques » (Shield of the Americas) est une nouvelle structure de sécurité régionale créée par le Président Donald Trump et son administration dans le cadre de leur croisade pour imposer la suprématie militaire et politique américaine dans les Amériques et les Caraïbes. Selon le communiqué des autorités de Port-au-Prince : « Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a rencontré, ce mardi 21 avril 2026, Kristi Noem, envoyée spéciale pour le « Bouclier des Amériques » (Shield of the Americas). La rencontre a porté sur des priorités majeures pour Haïti, notamment le renforcement de la sécurité nationale, la consolidation de la stabilité institutionnelle et l’organisation d’élections crédibles, inclusives et transparentes.

Les échanges ont également souligné l’importance d’une coopération renforcée avec les partenaires régionaux afin de lutter efficacement contre le narcotrafic, les réseaux criminels transnationaux et les défis liés à la migration irrégulière. Le gouvernement haïtien considère l’initiative « Bouclier des Amériques » comme un levier stratégique déterminant pour le rétablissement de l’ordre public, le renforcement des capacités institutionnelles et la restauration de la confiance des citoyens. Elle s’inscrit dans une dynamique de stabilisation durable, indispensable à la tenue d’échéances électorales conformes aux standards démocratiques. Le Premier ministre réaffirme l’engagement résolu d’Haïti à œuvrer, dans le respect de sa souveraineté, au renforcement des partenariats internationaux, en vue de garantir la sécurité, la stabilité et la consolidation démocratique du pays. »  (À suivre)

C.C

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