“Un document percutant, à la portée politique évidente et qui ne cache pas quel est le nouvel adversaire désigné par l’Église : le technofascisme naissant, théorisé par les courants posthumains et transhumanistes de la Silicon Valley et par une grande partie des idéologues qui entourent Donald Trump.” Rendue publique ce lundi 25 mai, la première encyclique du pape Léon XIV a manifestement marqué El País. Le quotidien espagnol semble admiratif face à ce texte long de plus de 100 pages, adressé aux fidèles par le souverain pontife. Un document qui porte sur la “protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle”, explique le sous-titre de l’encyclique.
Le titre, lui, “Magnifica humanitas”, soit “magnifique humanité” en latin, est déjà une sorte de programme de Léon XIV “face aux algorithmes, à l’intelligence artificielle et à une nouvelle société marquée par la technologie”, s’enthousiasme le journal madrilène. À travers cet intitulé, assure ce média progressiste, “le pape revendique ce qui fait de nous des êtres humains”.
De l’autre côté de l’Atlantique, le New York Times s’est aussi penché sur l’encyclique et décrit un pape qui “exhorte les dirigeants du monde à protéger l’humanité contre les effets les plus dangereux de l’intelligence artificielle”. Et notamment, le risque professionnel d’un “remplacement des personnes par des outils technologiques”. Le média américain indique ensuite les propositions concrètes de Léon XIV sur le sujet, comme par exemple, la réglementation par les pouvoirs publics des entreprises privées qui sont à l’origine du développement de l’intelligence artificielle, ou la protection et la formation des travailleurs dont les emplois sont menacés.
La dimension sociale de cette encyclique est donc évidente, et elle l’est tant dans ses contenus que dans sa portée symbolique, explique le Corriere della Sera. En effet, ce texte a été signé le 15 mai, détaille le média italien, “et c’est aussi à cette date qu’il y a 135 ans, le pape Léon XIII signa son encyclique ‘Rerum novarum’ qui fonda la doctrine sociale de l’Église”. À l’époque, celui dont le souverain pontife actuel a souhaité prendre le nom, affrontait un thème, celui des droits des travailleurs, sur lequel, “les penseurs laïcs de son temps s’étaient déjà penchés”. Mais cette fois-ci, estime ce quotidien centriste, “l’Église arrive presque en avance sur la pensée de son temps”, grâce à cette vaste réflexion sur l’IA.
Outre le fond, le New York Times est également surpris par la forme de cette encyclique, qui “bien qu’elle contienne de nombreuses références aux écritures et aux enseignements religieux s’apparente à bien des égards à un document qui aurait été rédigé par un think tank”. Par ailleurs, Léon XIV a tenu à présenter l’encyclique en personne, ce qui n’est pas dans les mœurs habituelles du Vatican. Et ce n’est pas tout. De plus, pointe le quotidien progressiste, “l’encyclique a été présentée aux côtés de Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic, un acteur majeur du développement de l’intelligence artificielle, ce qui représente un geste symbolique de dialogue entre les leaders des mondes spirituel et technologique”. Suffisant pour influencer les poids lourds de l’IA dans leurs décisions à venir ?
“Je ne pense pas que les ‘techs bros’ de la Silicon Valley y prêteront beaucoup d’attention”, soupire dans les colonnes du New York Times la professeure Noreen Herzfeld, directrice d’un programme sur la technologie et l’éthique à l’école de théologie et séminaire St. John’s dans le Minnesota. Mais je pense qu’au sein de l’Église ce document servira de référence aux prêtres et aux évêques, et en particulier à ceux d’entre nous qui formons des séminaristes ou des jeunes.”
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