C’est là que réside la singularité – dans la touche très personnelle de ses œuvres et dans le souci obsessionnel du détail – de celui qui, sans jamais se prendre au sérieux, révolutionne sérieusement, depuis des années, le langage de la bande dessinée et de l’animation italienne.” L’artiste dont La Stampa fait ainsi l’éloge n’est autre que Zerocalcare. Comme l’ensemble de la presse italienne, le quotidien attendait avec impatience sa troisième série animée.

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Mise en ligne le 27 mai sur Netflix, la série Pour un sou marque la fin d’une trilogie ; après le succès d’À découper suivant les pointillés, qui explorait en 2021 la crise de la trentaine, et de Ce monde ne m’aura pas, qui racontait en 2023 la rançon du succès.

On retrouve l’alter ego fictif du dessinateur, Zero, qui comme son auteur est désormais quadragénaire. À présent qu’il s’est enrichi, il accepte d’investir dans le projet de restaurant de son ami Cinghiale (“Sanglier”). Mais très vite, la situation tourne au vinaigre. Les amitiés peuvent-elles survivre aux difficultés personnelles et financières ?

Une immense projection

“En somme, le fameux mal-être épique, caractéristique de Zerocalcare, fait son retour en grande pompe en abordant des thèmes comme les violences domestiques et scolaires, le harcèlement, une touche de polar avec le nouveau personnage de Paturnia [un criminel romain], la masculinité toxique. Et le dessinateur romain sait traiter les sujets les plus complexes avec légèreté”, salue La Stampa.

My 2 Cents | Official Trailer | Netflix

Signe de la grande popularité de l’artiste, la série a été diffusée au Circo Massimo, l’hippodrome situé en plein cœur de Rome, devant un parterre de plus de 10 000 spectateurs enthousiastes, rapporte Rolling Stone Italia. Car Zerocalcare – Michele Rech de son vrai nom – a su captiver les Italiens au fil des ans avec son univers mélancolique et barré du quartier romain de Rebibbia. En s’inspirant de propre vie (il est lui-même associé dans un restaurant de la capitale italienne), il capture avec mordant, ironie et un ton doux-amer la condition de sa génération, en proie aux crises, au déclin économique et à la solitude.

Dans Pour un sou, Zero retrouve aussi une ancienne compagne, Smeralda, qui le précipite dans une crise intime, “aux prises avec l’amour à 40 ans : un récit très tendre, plein de maladresses et d’authenticité”.

Un mal-être générationnel

Créateur et scénariste, Zerocalcare n’hésite pas à explorer les sujets les plus douloureux et les plus intimes en mettant en scène les questionnements existentiels et politiques de milléniaux désenchantés.

“La vraie crise est émotionnelle, profondément intime, mais plus collective que jamais : à quoi aura servi tout le reste si je finis seul comme un chien ?” commente Rolling Stone. En une de l’hebdomadaire Il Venerdì, fin avril, l’auteur explique à propos de sa génération : “Nous sommes persuadés de ne pas avoir vieilli.”

C’est précisément ce malaise autour d’un passage entravé à l’âge adulte que traversent ses personnages. En lien avec une crise de l’emploi particulièrement dure en Italie.

“Je suis d’une génération qui espérait pouvoir se libérer du temps pour s’émanciper du travail. Mais sans travail, les gens ne parviennent pas à profiter de la vie, car ils sont pauvres, précaires, isolés. Une identité commune s’est désagrégée”, commente-t-il.