Migrants en Méditerranée, la mécanique du silence
Migrants en Méditerranée, la mécanique du silence
Épisode 1/4
Épisode 2/4
Épisode 3/4
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De la Libye à l’Europe, la logistique déshumanisante des migrants : « Tenir un centre de détention, c’est comme contrôler un puits de pétrole »
Par Allan Kaval (Lampedusa [Italie], envoyé spécial)Reportage« Migrants en Méditerranée, la mécanique du silence » (4/4). Exploités, rançonnés et violentés en Libye, les exilés qui survivent à la traversée sont invisibilisés et tombent parfois aux mains de mafias liées aux entreprises agricoles. Mais « ce qui compte, c’est que les arrivées irrégulières baissent », résume-t-on à Rome.
Officiellement, le centre de détention de Lampedusa (Italie) n’est pas un centre de détention. Certes, ceux qui y séjournent ne peuvent pas en sortir, mais ils ne seraient en aucun cas des détenus. Sur l’île italienne, on parle d’un « hotspot », terme qui, en anglais, peut désigner un lieu où prolifère un virus, une menace, un ennemi. En l’occurrence, l’enclos, encaissé dans un paysage de maisons basses, de mauvaises herbes et d’ordures, sert de base logistique, invisible pour la plupart des insulaires et des touristes. Le sable blanc de la spiaggia dei Conigli (la « plage des Lapins ») se trouve à dix minutes en voiture. Elle compte parmi les préférées des utilisateurs de Tripadvisor. Les touristes s’y baignent, dans l’eau où d’autres se noient.
Les exilés ayant survécu à la traversée de la Méditerranée pour rejoindre l’île, voisine de la Tunisie et de la Libye, sont regroupés derrière des balustrades de métal pour être interrogés, identifiés et enregistrés, avant d’être envoyés sur la terre ferme, « une chaîne de montage », décrit une ancienne employée. Là, ils poursuivent une itinérance commencée au Bangladesh, en Gambie ou dans le sud du Soudan. Beaucoup traînent les cicatrices des tortures et des viols, la douleur de l’esclavage, les traces morales de l’humiliation héritées de l’ordre de terreur qui règne pour eux en Afrique du Nord.
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